Joseph Crocé-Spinelli (1845-1875)
Mourir à 8 000 mètres pour faire avancer la science
À 29 ans, Joseph Crocé-Spinelli sait que l’expérience qu’il s’apprête à tenter peut le tuer.
Il monte quand même.
Nous sommes en 1875. L’aviation n’existe pas encore. On connaît mal l’atmosphère et encore moins ce qui arrive au corps humain lorsqu’il monte à des altitudes extrêmes.
Crocé-Spinelli est ingénieur, inventeur et aéronaute français. Son terrain d’expérimentation n’est pas un laboratoire protégé : c’est le ciel.
Avec l’aéronaute Théodore Sivel et le scientifique Gaston Tissandier, il participe à des ascensions destinées à étudier l’atmosphère. En mars 1875, leur ballon Zénith accomplit déjà un voyage extraordinaire de près de 23 heures au-dessus de la France.
Mais les trois hommes veulent aller plus haut.
Là où l’homme ne peut presque plus respirer
Le 15 avril 1875, le Zénith décolle à nouveau.
Cette fois, l’objectif est la haute atmosphère. Les scientifiques emportent leurs instruments et de l’oxygène. Crocé-Spinelli doit notamment effectuer des observations spectroscopiques afin d’étudier la vapeur d’eau présente à très haute altitude.
Le ballon grimpe.
6 000 mètres.
7 000 mètres.
Puis environ 8 000 mètres.
À cette altitude, le manque d’oxygène attaque le cerveau sans prévenir. Les hommes perdent progressivement leurs capacités, puis connaissance.
Lorsque Gaston Tissandier reprend conscience pendant la descente, il découvre ses deux compagnons inanimés.
Joseph Crocé-Spinelli et Théodore Sivel sont morts.
Tissandier, lui, survit miraculeusement. Le récit contemporain de cette expédition décrit les deux hommes comme victimes de leur zèle pour la science et de leur témérité.
À 29 ans, il avait choisi d’aller voir
Aujourd’hui, des avions transportent leurs passagers à plus de 10 000 mètres dans des cabines pressurisées. Des satellites observent l’atmosphère en permanence. Des sondes mesurent ce que Crocé-Spinelli cherchait au péril de sa vie.
Mais quelqu’un a dû partir avant les autres.
Quelqu’un a dû accepter de monter dans une nacelle suspendue sous quelques milliers de mètres cubes de gaz, avec des instruments encore expérimentaux, pour découvrir ce qu’il y avait là-haut.
Joseph Crocé-Spinelli avait 29 ans.
Son histoire rappelle quelque chose d’essentiel aux jeunes générations : les frontières de la connaissance ne reculent pas toutes seules.
Il faut des femmes et des hommes qui apprennent, construisent, expérimentent — et parfois prennent des risques considérables pour aller chercher une réponse que personne ne possède encore.
Il savait que le ciel pouvait le tuer. Il y est monté pour que l’humanité le comprenne mieux.

