Le héros du jour – 22 août

Jean-Baptiste Éblé : l’homme qui construisit des ponts au milieu de l’enfer

Novembre 1812.

La Grande Armée de Napoléon bat en retraite de Russie.

Les hommes sont épuisés. Beaucoup meurent de froid, de faim ou d’épuisement. Devant eux se dresse maintenant un nouvel obstacle : la Bérézina.

Derrière eux arrivent les armées russes.

Et les ponts ont été détruits.

La situation est terrible : sans passage, une grande partie de l’armée risque d’être encerclée et anéantie.

C’est alors qu’intervient Jean-Baptiste Éblé.

Né en Lorraine en 1758, fils d’un militaire, Éblé est devenu général d’artillerie et spécialiste des équipages de pont. En 1812, il commande les pontonniers de la Grande Armée.

Quelques semaines auparavant, dans une armée qui abandonnait tout ce qu’elle pouvait pour avancer plus vite, Éblé avait réussi à conserver des outils, des forges et du matériel indispensables à la construction de ponts.

Ce choix va devenir décisif.

Le 26 novembre, ses hommes entrent dans l’eau glaciale de la Bérézina.

Ils doivent planter les supports des ponts, déplacer les pièces de bois et réparer sans cesse les ouvrages fragiles.

La température est mortelle.

Des hommes s’effondrent.

D’autres continuent.

Éblé ne commande pas depuis une tente chauffée : il entre lui aussi dans l’eau pour montrer l’exemple.

Deux ponts sont finalement construits.

Pendant plusieurs jours, soldats, chevaux, canons et civils traversent sous les attaques russes.

Grâce à ces ponts, Napoléon et une grande partie des survivants de son armée parviennent à franchir la rivière. Les historiens rappellent aujourd’hui que, contrairement au sens donné au mot « Bérézina », ce passage évita précisément la destruction totale de l’armée française.

Mais le prix est effroyable.

Parmi les centaines de pontonniers qui avaient construit les ouvrages dans l’eau glaciale, très peu survivront à la campagne. Éblé lui-même, épuisé et malade après la retraite, meurt à Königsberg le 31 décembre 1812, à 54 ans.

Jean-Baptiste Éblé n’a pas remporté cette bataille par une charge de cavalerie spectaculaire.

Il l’a gagnée avec des hommes, des outils, des forges, du bois et une compétence technique exceptionnelle.

Et c’est peut-être ce qui rend son histoire particulièrement moderne.

Quand tout s’effondre autour de vous, le héros n’est pas toujours celui qui parle le plus fort.

C’est parfois celui qui sait encore construire le pont dont tout le monde a besoin.