Francis Garnier (1839-1873)
À 34 ans, il avait déjà traversé une partie de l’Asie et affronté l’inconnu
Il y a des vies qui semblent trop grandes pour tenir en quelques décennies.
Celle de Francis Garnier en fait partie.
Né en 1839 à Saint-Étienne, il choisit très jeune la Marine. Mais ce qui l’attire n’est pas seulement la carrière militaire : il veut découvrir ce qui se trouve au-delà des cartes.
En 1866, il participe à l’une des grandes aventures géographiques françaises du XIXe siècle : l’expédition chargée d’explorer le Mékong.
Pendant près de deux ans, les hommes remontent fleuves et rivières, franchissent montagnes et jungles, affrontent maladies, épuisement et territoires alors très mal connus des Européens. L’expédition parcourt plusieurs milliers de kilomètres à travers l’Asie du Sud-Est et la Chine.
Lorsque le chef de l’expédition, Ernest Doudart de Lagrée, meurt en 1868, Garnier prend la direction de la mission et contribue à ramener ses hommes jusqu’à la côte chinoise.
Mais Francis Garnier n’est pas seulement un explorateur.
C’est aussi un officier au tempérament extrêmement audacieux — parfois trop.
En 1873, envoyé au Tonkin pour régler un différend, il prend l’initiative d’une intervention militaire qui dépasse largement sa mission initiale. Avec une poignée d’hommes, il s’empare de la citadelle de Hanoï face à des forces très supérieures en nombre.
Quelques semaines plus tard, le 21 décembre 1873, Hanoï est attaquée.
Garnier pourrait rester à l’abri des fortifications.
Il sort.
Il prend lui-même la tête d’un petit groupe lancé contre l’adversaire. Isolé de ses hommes au cours de l’action, il est tué.
Il avait 34 ans.
Son histoire appartient à une époque coloniale dont nous devons aujourd’hui regarder toutes les dimensions. Mais son goût de l’inconnu, son énergie et cette volonté presque déraisonnable d’aller voir ce qu’il y a derrière l’horizon restent fascinants.
À une génération à laquelle Google Maps donne instantanément une image de presque chaque endroit de la planète, il est difficile d’imaginer ce que signifiait alors partir vers un immense blanc sur une carte, sans savoir exactement ce que l’on trouverait ni même si l’on reviendrait.
Francis Garnier, lui, est parti.
Le courage n’est pas de savoir que l’on réussira. C’est d’avancer alors qu’on ne le sait pas.

