Celui qui partit cartographier l’inconnu
À 15 ans, Jean-François de La Pérouse choisit la mer.
Il ne sait pas encore qu’il finira par disparaître à l’autre bout du monde, dans un endroit que les Européens connaissent à peine.
Né près d’Albi en 1741, La Pérouse entre très jeune dans la Marine royale. Il ne devient pas explorateur depuis le confort d’un bureau : avant de partir à la découverte du Pacifique, il est un marin de guerre.
Il combat les Britanniques pendant la guerre de Sept Ans, puis lors de la guerre d’indépendance américaine. Il navigue dans les Caraïbes, dans l’océan Indien et le long des côtes d’Amérique du Nord.
Puis, en 1785, Louis XVI lui confie une mission extraordinaire.
La France veut poursuivre l’œuvre de James Cook et repousser les limites de la connaissance du monde.
Deux frégates sont préparées : La Boussole et L’Astrolabe.
À leur bord, il n’y a pas seulement des marins et des soldats. Il y a aussi des astronomes, des naturalistes, des ingénieurs et des scientifiques.
La Pérouse doit explorer, mesurer, cartographier, observer et rapporter.
Le 1er août 1785, les deux navires quittent Brest.
Commence alors une aventure de trois ans autour de la planète.
La Pérouse franchit le cap Horn, atteint le Chili, l’île de Pâques, Hawaï puis l’Alaska. Il cartographie ensuite une partie considérable de la côte pacifique de l’Amérique du Nord avant de poursuivre vers l’Asie et le Kamtchatka.
Il navigue sans GPS, sans radio, sans moteur, sans prévisions météorologiques modernes.
Une erreur de position, une tempête, un récif invisible peuvent tuer tout l’équipage.
Et l’expédition paie effectivement un lourd tribut.
Mais La Pérouse continue.
En janvier 1788, ses navires atteignent Botany Bay, en Australie. Des courriers sont expédiés vers l’Europe.
Puis La Boussole et L’Astrolabe reprennent la mer.
Et disparaissent.
Plus aucun message.
Plus aucun navire.
Plus aucun homme.
Pendant des décennies, la France cherchera à comprendre ce qui leur est arrivé.
On découvrira finalement que les deux frégates ont fait naufrage sur les récifs de Vanikoro, dans les îles Salomon. Les recherches archéologiques retrouveront les traces de cette expédition disparue.
La Pérouse avait 46 ans.
Son histoire dit quelque chose d’essentiel à notre époque.
Nous vivons dans un monde presque entièrement cartographié. Un téléphone nous indique notre position à quelques mètres près. Des satellites photographient chaque continent.
Il est difficile d’imaginer ce que signifiait alors partir vers un endroit dont personne ne possédait de carte fiable, en sachant qu’aucun secours ne viendrait vous chercher avant des mois ou des années.
La Pérouse l’a fait.
Non pour rechercher un record sur les réseaux sociaux.
Mais pour agrandir le territoire de la connaissance humaine.
La France a aussi été construite par ces hommes qui acceptaient de regarder au-delà de l’horizon et de partir découvrir ce qu’il y avait derrière.
Le courage, ce n’est pas seulement affronter un ennemi.
C’est parfois accepter de quitter le monde connu pour aller découvrir celui qui ne l’est pas encore.
« Il partit là où les cartes s’arrêtaient. Il n’en revint jamais. »

