Eugène Godard (1827 – 1890)

L’homme qui monta 2 500 fois dans le ciel quand voler relevait encore de la folie

Aujourd’hui, monter dans un avion est banal.

Au milieu du XIXe siècle, quitter le sol dans une nacelle suspendue sous quelques milliers de mètres cubes de gaz pouvait signifier ne jamais revenir.

Eugène Godard, lui, recommença plus de 2 500 fois.

Né à Clichy en 1827, fils d’un maître-maçon, il étudie au Conservatoire des Arts et Métiers et se destine d’abord à l’architecture.

Mais à 18 ans, il voit s’élever un ballon.

Sa vie bascule.

Il construit sa première montgolfière. Elle ne décolle même pas.

Il recommence.

En 1848, à 21 ans, il effectue sa première ascension libre. C’est le début d’une vie passée à repousser les limites d’une technologie que personne ne maîtrise encore vraiment.

Godard traverse les frontières et les continents. En 1853, il survole les Alpes autrichiennes en ballon, devenant l’un des tout premiers hommes à accomplir un tel exploit.

Aux États-Unis, il multiplie les ascensions. À Cincinnati, une tempête transforme l’un de ses vols en aventure extrêmement périlleuse. L’expérience le conduit à mettre au point un système permettant de dégonfler rapidement le ballon à l’atterrissage.

Chez Godard, le danger devient une leçon d’ingénierie.

Mais l’aventure n’est pas son seul moteur.

En 1859, lorsque la France entre en guerre en Italie, il offre ses services et devient aéronaute-observateur.

Puis vient 1870.

Paris est assiégé. Les communications avec le reste de la France sont coupées.

Godard transforme alors son savoir-faire en arme contre l’isolement.

Avec sa famille, il participe à la construction des ballons qui permettront de franchir les lignes ennemies et de transporter courrier, informations et hommes au-dessus du siège.

Il en construit des dizaines.

À une époque où l’aviation n’existe pas encore, ces hommes inventent déjà une forme de pont aérien.

Eugène Godard continuera à voler presque jusqu’à la fin de sa vie. Il travaillera avec les grands pionniers de son époque et emmènera même Jules Verne dans sa nacelle.

Son histoire porte un message particulièrement actuel.

Son premier ballon n’a pas volé.

Il aurait pu conclure qu’il avait échoué.

Il a préféré en construire un autre.

Puis voler.

Puis traverser les Alpes.

Puis affronter les tempêtes.

Puis mettre son invention au service de son pays.

Il y a deux siècles, l’innovation française avait déjà ce visage : essayer, échouer, comprendre, recommencer et finalement accomplir ce que la génération précédente croyait impossible.

« Le premier ballon d’Eugène Godard ne décolla pas. Il passa pourtant sa vie dans le ciel. »