“Un vol révolutionnaire” qui pourrait bien “redéfinir” la guerre du futur: pour la première fois, l’armée américaine a fait voler un F-16 entièrement grâce à l’IA
BFM BusinessRaphaël Raffray

Pour la première fois, l’armée américaine a fait voler l’un de ses célèbres F-16 entièrement grâce à l’IA « en conditions réelles ». Cette expérimentation s’inscrit plus largement dans la montée en puissance de l’IA au sein des forces armées américaines, notamment autour des systèmes autonomes.
Une avancée majeure pour l’IA militaire? Aux États-Unis, la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), l’agence de recherche du Pentagone, annonce le succès d’un vol de F-16 entièrement piloté par intelligence artificielle. Cet essai « en conditions réelles » marque une étape clé dans le développement de l’aviation de combat autonome et des technologies militaires de nouvelle génération.
Cette expérimentation s’inscrit également dans la montée en puissance de l’IA au sein des forces armées américaines, quelques mois après qu’un logiciel similaire a déjà démontré ses capacités en pilotant un « X-62A VISTA », un avion de chasse expérimental, lors d’un combat aérien simulé face à un F-16.
Concrètement, cette évolution repose sur un dispositif baptisé « VENOM Autonomy Kit » (VAK), développé dans le cadre du programme “ACE” de la DARPA. Intégré à l’avion par plusieurs industriels, ce kit permet à une intelligence artificielle d’interagir directement avec les commandes de vol et les systèmes de mission grâce à une interface dédiée, tout en laissant au pilote la possibilité de reprendre la main instantanément.

Cette architecture hybride, fondée sur le principe de “human-on-the-loop”, garantit un haut niveau de sécurité en maintenant une supervision humaine constante. À terme, ces appareils modifiés serviront de base au programme « AIR » (Artificial Intelligence Reinforcements, NDLR), qui vise à tester en conditions réelles différents agents d’IA et à préparer la coordination fluide entre pilotes humains et flottes d’avions autonomes. Ces avancées pourraient ouvrir la voie à de nouvelles capacités opérationnelles, notamment dans le cadre des futurs programmes d’avions de combat.
“Ces essais en vol révolutionnaires de F-16 modifiés selon le programme VENOM font progresser l’infrastructure nécessaire au développement de capacités de combat aérien autonomes et fiables”, a commenté le général James Valpiani, l’un des responsables du programme à la DARPA. “Cela permet de mettre en place un processus efficace pour développer une IA dominante dédiée au combat aérien, nous offrant ainsi la possibilité d’innover rapidement au profit des forces combattantes.”
Avancées technologiques et militaires… ou nouveaux problèmes éthiques?
De son côté, le lieutenant-colonel Patrick Highland a salué une étape clé dans le développement de l’autonomie de combat américaine, tout en se projetant déjà vers les prochaines avancées du programme. “Nous avons désormais l’opportunité de mettre en place une autonomie de premier plan pour les combats impliquant plusieurs appareils, au-delà de la portée visuelle”, a-t-il déclaré, estimant que ces essais offrent ”un premier aperçu de la façon dont les agents IA pourraient commencer à transformer activement la guerre aérienne”.
Mais si ces avancées peuvent paraître révolutionnaires d’un point de vue militaire et technologique, elles soulèvent aussi de nombreuses questions d’éthique, comme le souligne Slate. Dans la frénésie d’un combat, l’être humain peut-il laisser une intelligence artificielle aux manettes d’un puissant avion de chasse et de son armement? N’y a-t-il pas de risque de toucher une infrastructure civile ou de se tromper de cible? L’erreur étant déjà « humaine », ne faut-il pas y voir un trop gros risque de laisser une IA piloter un avion de chasse? Et qui sera responsable des actions décidées par l’IA?

Une étude de la Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques souligne ainsi que “l’emploi de systèmes autonomes dans les opérations militaires soulève des questions techniques et juridiques”, mais aussi des enjeux éthiques majeurs, déjà observés avec d’autres technologies émergentes. Elle met en avant une inquiétude spécifique liée à l’IA: “la crainte que la technologie décide de l’emploi de la force armée à la place de l’homme”.
Dès lors, la question centrale devient celle des limites à poser: “Où fixer les limites de la technologie et des conditions d’emploi de ces systèmes (…) pour se conformer à une éthique propre aux démocraties occidentales, sans pour autant faire preuve de naïveté et laisser des pays compétiteurs prendre une avance potentiellement décisive?” Autant de questionnements et d’interrogations qui divisent aujourd’hui les États-majors, tout comme les chercheurs en intelligence artificielle, les organismes humanitaires… et dont les réponses semblent être bien différentes en fonction des pays.