Jules Janssen : risquer sa vie pour regarder le Soleil
Il existe plusieurs formes de courage. Celui du soldat qui avance sous le feu est évident. Celui du scientifique qui accepte le danger pour aller chercher une connaissance nouvelle l’est parfois moins.
Jules Janssen appartient à cette seconde catégorie.
Né à Paris en 1824, Pierre Jules César Janssen devient physicien et astronome. Il s’intéresse particulièrement à un objet que personne ne peut approcher mais dont la lumière contient une quantité extraordinaire d’informations : le Soleil.
En 1868, il est envoyé en Inde pour observer une éclipse totale. En étudiant le spectre solaire, il remarque une raie inconnue qui contribuera à l’identification d’un élément alors inconnu sur Terre : l’hélium.
Mais l’épisode qui résume peut-être le mieux le personnage survient deux ans plus tard.
Paris, décembre 1870
La France est en guerre contre la Prusse. Paris est assiégé.
Une éclipse totale de Soleil doit pourtant être visible en Algérie le 22 décembre. Pour Janssen, c’est une occasion scientifique exceptionnelle.
Mais comment sortir de Paris ?
Par le ciel.
Le 2 décembre au matin, Janssen embarque à bord du ballon Le Volta avec son matériel scientifique. Il s’élève au-dessus de Paris et franchit les lignes prussiennes.
Son propre compte rendu raconte un voyage de plus de cinq heures, sur environ 400 kilomètres, à plus de 2 000 mètres d’altitude. Il atterrit sans accident près de l’embouchure de la Loire, ses quatre caisses d’instruments intactes.
Il rejoint ensuite l’Algérie.
Ironie magnifique de l’histoire : après avoir pris tous ces risques, la météo l’empêchera finalement d’observer correctement l’éclipse.
Mais l’essentiel est ailleurs.
Janssen venait de montrer jusqu’où un homme pouvait aller pour une idée et pour la connaissance.
L’aventure scientifique
Janssen ne s’arrêtera pas là.
Il parcourt le monde pour observer le ciel, développe de nouvelles techniques d’analyse de la lumière et invente notamment un « revolver photographique » destiné à enregistrer le passage de Vénus devant le Soleil. Il fonde en 1879 l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon, dont il devient le premier directeur.
Et même l’âge ne l’arrête pas.
Pour améliorer les observations astronomiques en altitude, il participe à la création d’un observatoire au sommet du mont Blanc et effectue lui-même trois ascensions malgré une infirmité qui le faisait boiter.
Ce que Jules Janssen peut encore apprendre aux jeunes
On présente parfois la science comme une succession de cours, d’équations et de laboratoires.
Jules Janssen raconte exactement l’inverse.
La science, c’est aussi partir en Inde, traverser les lignes ennemies en ballon, affronter l’altitude, inventer des machines qui n’existent pas encore et consacrer sa vie à comprendre quelque chose que personne n’avait compris auparavant.
Son message pourrait tenir en quelques mots :
La curiosité devient une aventure lorsque l’on ose aller jusqu’au bout.
Plus d’un siècle après sa mort, son observatoire de Meudon appartient toujours au paysage scientifique français.
Jules Janssen mérite donc pleinement sa place parmi nos héros : non pour avoir conquis un territoire, mais pour avoir repoussé les frontières de ce que nous savions du monde.

