Dissuasion : Le ministère des Armées a notifié les premiers marchés pour la transformation de la base aérienne de Luxeuil
par Laurent Lagneau · 27 juillet 2026

En 2009, avec les dissolutions de l’Escadron de chasse 1/4 Dauphiné, de l’Escadron de défense sol-air 04.950 Servance et du Dépôt atelier de munitions spéciales [DAMS] 13.004, associées au départ programmé de l’escadron 2/4 La Fayette à Istres, la base aérienne [BA] 116 de Luxeuil Saint-Sauveur dut son salut à la mobilisation des élus locaux, lesquels surent trouver les arguments qu’il fallait pour la maintenir… mais cela se fit aux dépens de la BA 102 de Dijon, le Groupe de chasse 1/2 «Cigognes» ayant quitté la Bourgogne pour la Haute-Saône.
Dix ans plus tard, alors que son existence était une nouvelle fois menacée, avec le retrait prévu des Mirage 2000-5F, Florence Parly, alors ministre des Armées, assura que la BA 116 allait accueillir un «premier» escadron de Rafale portés au standard F4 à compter de 2032 et qu’elle ferait l’objet d’importants travaux pour moderniser ses infrastructures et améliorer sa sécurité.
Seulement, l’évolution du contexte sécuritaire amena le ministère des Armées à revoir ses plans. En effet, en juin 2024, il fit savoir à Cédric Perrin, le président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense, que la BA 116 accueillerait non pas un mais deux escadrons de Rafale et, surtout, qu’elle retrouverait la vocation nucléaire qu’elle avait perdue en 2010.
Cette orientation fut confirmée par le président Macron en mars 2025, celui-ci ayant précisé que ce serait finalement deux escadrons de Rafale portés au standard F5 censés participer à la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire, et donc appartenir aux Forces aériennes stratégiques.
La BA 116 «va s’accroître d’une manière inédite et retrouver sa place pleine et entière dans la dissuasion nucléaire française. […] Elle va bénéficier d’investissements massifs pour accueillir les deux prochains escadrons de Rafale. Son format va doubler pour atteindre près de 2 000 militaires et civils à l’horizon 2035. C’est cela, la transformation des dix ans devant nous», affirma le locataire de l’Élysée.
Même si cela n’avait pas été précisé à l’époque, l’installation de deux escadrons à vocation nucléaire sur la BA 116 impliquait celle d’une unité de défense aérienne ainsi que l’établissement d’un DAMS dédié au futur missile ASN4G [Air-Sol Nucléaire de 4e génération].
Selon M. Macron, cette transformation de la BA 116 allait exiger un investissement d’au moins 1,5 milliard d’euros. Près de dix-mois plus tard, les premiers marchés «préparatoires» relatifs à ce vaste chantier ont été notifiés par le Service d’infrastructure de la défense [SID]. C’est en effet ce qu’a fait savoir le ministère des Armées, via un communiqué diffusé le 25 juillet.
«Les marchés notifiés permettront d’engager les prestations préalables nécessaires à la préparation des futures opérations d’infrastructure. Ils constituent une étape essentielle dans la conduite du projet et permettront de poursuivre les études techniques indispensables avant le lancement des travaux», lesquels «s’inscrivent dans des programmes d’ensembles pilotés par la Direction générale de l’armement, afin d’assurer une cohérence technique et calendaire entre la livraison sur la BA 116 des infrastructures et des matériels au profit de l’armée de l’Air et de l’Espace», a-t-il précisé.
Ce chantier de «transformation» débutera en 2027 et va mobiliser «plusieurs centaines de professionnels» du bâtiment et des travaux publics, avec, selon le ministère, des «effectifs pouvant atteindre 1 500 à 2 000 personnes selon les phases du projet». Ce qui ne sera sans doute pas simple à gérer du point de vue de la sécurité.
Et d’ajouter qu’il fera appel à de nombreux corps de métiers et expertises, qu’il s’agisse des entreprises de construction, des spécialistes de la sécurité des chantiers, des bureaux d’études ou encore des experts en structure, thermique, acoustique et autres domaines techniques».
Selon un avis de marché émis par le SID en mai dernier, les travaux consisteront, entre autres, à construire, d’ici 2032, les infrastructures nécessaires à l’accueil des deux escadrons de Rafale F5 [désignés, pour le moment, RAF7 et RAF8], un bâtiment IT et un bâtiment censé abriter des simulateurs. Il est aussi question d’adapter les aires aéronautiques.