L’Ukraine mène le premier assaut amphibie entièrement robotisé de l’histoire

Le véhicule robot armé a été débarqué sur la flèche de Kinbourn pour ouvrir le feu sur l’arrière d’une position russe. © Kiyv Independent / Ukraine’s 123rd Territorial Defence Brigade

À l’échelon tactique, c’est un simple raid qui mérite à peine d’être mentionné. Mais l’attaque menée en début de semaine sera vraisemblablement citée dans de nombreux livres d’histoire. Pour la première fois, des engins autonomes ont permis à au moins un autre robot de débarquer avant que celui-ci engage l’ennemi. Un assaut entièrement mené par des machines sur mer, sur terre et dans les airs.

Matthias Bertrand

Cet assaut d’un genre nouveau a été mené sur la flèche de Kinbourn, un long banc de sable à l’extrémité de la péninsule du même nom, dans le sud de l’Ukraine, sur la mer Noire. Un territoire qui a fait l’objet de batailles importantes, durant l’invasion russe de 2022 puis lors de la contre-offensive de novembre, lorsque les troupes ukrainiennes ont tenté de chasser l’armée russe de la péninsule.

De la mer à la terre avec des robots

Selon des sources ukrainiennes, la 123ᵉ brigade de défense territoriale a utilisé un drone de surface pour débarquer un véhicule terrestre armé sans pilote, probablement un modèle Rys équipé d’une mitrailleuse de 7,62 mm. Celui-ci a ensuite pris position plus loin sur la plage pour engager de ses tirs une position russe plus loin sur le littoral, tandis que l’opération était surveillée depuis les airs par un troisième drone.

Le bilan de ce raid amphibie n’a toutefois pas été communiqué, souligne Naval News. On ne sait pas si le robot d’assaut a pu être récupéré, ni si l’action a causé des pertes aux Russes ; il n’est pas exclu que la position ciblée ait été inoccupée. Les Ukrainiens n’ont pas non plus communiqué de date claire pour ce débarquement, dont les images sont apparues en ligne à partir du 13 juillet. Mais ce raid amphibie, aussi anecdotique paraisse-t-il à l’échelle de la guerre, démontre le savoir-faire acquis par les troupes de Kiev dans la guerre robotisée – en images, ce qui est toujours utile à des fins de communication

Commandos derrière les lignes ennemies

“Un système robotique terrestre a été transporté jusqu’à la rive ennemie par une plateforme navale sans pilote, débarqué sur le territoire occupé et utilisé pour mener à bien une mission de combat”, a indiqué la brigade dans une publication sur les réseaux sociaux. “Il s’agit d’une nouvelle approche de la guerre, où les tâches les plus dangereuses sont confiées à une machine et où l’armée ukrainienne établit de nouvelles règles du combat moderne”, a-t-elle ajouté.

L’armée ukrainienne a déjà procédé à des campagnes de raids en débarquant de petits groupes de commandos derrière les lignes russes, via les cours d’eau ou la mer Noire. Ceux-ci, parfois en coordination avec des mouvements de résistance, ont harcelé les occupants, tendu des embuscades et procédé à des actions de sabotage. Les robots ne les remplaceront vraisemblablement pas.

Harcèlement

Mais de telles actions robotisées permettraient de prendre à revers des positions russes en apportant des tirs là où on ne les attend pas, et ce, sans risquer la vie de précieux soldats. Pour les troupes russes, la perspective de se réveiller sous les tirs d’une mitrailleuse qui s’est installée toute seule durant la nuit ne doit guère améliorer la qualité du sommeil.

La flèche de Kinbourn reste une position stratégique pour le contrôle de l’accès à certaines parties de la mer Noire, car les voies de navigation en provenance des ports de Kherson et de Mykolaïv convergent à proximité. Fin juin, les Ukrainiens avaient revendiqué un succès sur cette bande de sable en contraignant les Russes à évacuer des positions, mais difficile de savoir si celles-ci ont réellement changé de main.