Sous-marins nucléaires : l’Invincible face au Dreadnought : l’avantage français que le Royaume-Uni n’a pas

Article de Sébastien Salpietro

Le Royaume-Uni utilise des missiles Trident II D5, d’origine américaine.

Le Royaume-Uni utilise des missiles Trident II D5, d’origine américaine.© Marine Nationale

Le Royaume-Uni a annoncé un investissement de 8,4 milliards de livres pour la quatrième phase de son programme de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de classe Dreadnought, censés remplacer les Vanguard vieillissants. Dans le même temps, la France prépare aussi la production de quatre bâtiments de troisième génération de la classe L’Invincible. Malgré des similarités, l’Hexagone semble conserver un avantage stratégique.

Depuis 1969, le Royaume-Uni maintient au moins un sous-marin nucléaire sous les océans pour pouvoir intervenir face à n’importe quelle attaque, soit une des plus longues opérations de dissuasion continue dans l’histoire. Mais cet exploit s’accompagne de conséquences. Pour rappel, l’île dispose de quatre sous-marins de la classe Vanguard, entrés en service dans les années 1990. Leur durée de vie est donc bien supérieure à ce qui était prévu au départ. Ces submersibles ont été conçus pour des vivres et des congélateurs calculés pour trois à quatre mois de mer, alors que les campagnes britanniques en mer peuvent durer jusqu’à cinq mois.

En avril 2026, le HMS Vanguard est rentré à Faslane après 205 jours de patrouille sans le moindre retour au port, battant alors le record de 204 jours établis par le même bâtiment en 2025. Conséquence : les réparations sont plus fréquentes et les sous-marins doivent absolument être remplacés. En ce sens, le Royaume-Uni a lancé son programme de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la classe Dreadnought, L’investissement de la quatrième phase, à hauteur de 8,4 milliards de livres (environ 9,8 milliards d’euros), a été réaffirmé par le Premier ministre Andy Burnham et le ministre de la Défense Wes Streeting, en visite sur le chantier naval de BAE Systems où sont assemblés les bâtiments, selon les informations du média Forum Militaire.

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Des Dreadnought pour le Royaume-Uni, des Invincible pour la France

Les montants seront répartis ainsi : 5,9 milliards de livres pour BAE Systems, chargé de la construction, de l’intégration et des essais, et 2,5 milliards pour la chaîne d’approvisionnement, qui fournit la propulsion nucléaire, le compartiment des missiles et divers composants à long délai de fabrication. Mesurant environ 153 mètres de long, les Dreadnought pourront transporter plus de 17 000 tonnes et un équipage d’environ 130 marins. A la différence des Vanguards, ils seront dotés de technologies inédites comme une propulsion à jet d’eau parmi les plus silencieuses jamais conçues, un avantage conséquent dans un environnement où le maître mot est la discrétion.

La marine française n’est pas en reste par rapport à son rival britannique. Elle compose également avec quatre sous-marins lanceurs d’engins, ceux de la classe Le Triomphant, entrés en service entre 1997 et 2010, qui mènent depuis 1972, avec le Redoutable, une patrouille ininterrompue sous l’eau. En ce sens, la France a annoncé la conception de la classe L’Invincible : quatre sous-marins nucléaires à lanceur d’engins de troisième génération dont le premier sera mis en service dès 2037. Ces submersibles devraient voguer jusque 1990.

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Le Royaume-Uni utilise des missiles américains

Si les deux programmes sont similaires au niveau du nombre de bâtiments, des calendriers de construction ou encore de leur mission constante sous les océans, une différence majeure les sépare. Pour projeter ses têtes nucléaires, le Royaume-Uni utilise des missiles Trident II D5, d’origine américaine. Le pays doit donc puiser dans un réservoir commun avec l’US Navy. Autrement dit, la Royal Navy dépend de son allié d’outre-Atlantique pour son vecteur. A l’inverse, la France est souveraine du sous-marin au missile M51 conçu par ArianeGroup, en passant par la tête nucléaire et le réacteur.

Au-delà de cet avantage, il faut aussi dire que la flotte britannique est à bout de souffle. A la fin de la guerre froide, elle disposait d’une cinquantaine de frégates et destroyers contre seulement une quinzaine actuellement. Six destroyers Type 45 sont indisponibles la majorité de l’année, cloués au port en raison de problèmes de propulsion, tandis que huit frégates Type 23 ne sont pas remplacées assez rapidement. En ce sens, de nouvelles frégates Type 26 et Type 31 sont prévues, mais pas avant 2027 et 2028.