Un avion Atlantique 2 et un sous-marin nucléaire d’attaque ont effectué un tir coordonné de missiles antinavires Exocet
par Laurent Lagneau · 9 juillet 2026

La «veille coopérative navale» consiste à mettre en réseau les navires et les aéronefs d’une flottille pour partager les données tactiques et augmenter les effets militaires qu’elle est susceptible de produire. On pourrait penser que, compte tenu des contraintes qui leur sont propres, les sous-marins ne sont pas les mieux placés pour mener ce type de combat collaboratif. Or, il n’en est rien.
Ainsi, lors de la mission Foch, en 2020, un sous-marin nucléaire d’attaque [SNA] de type Rubis, envoyé en reconnaissance en avant du porte-avions Charles de Gaulle, avait désigné une cible à des Rafale M du groupe aérien embarqué [GAé] par l’intermédiaire d’un avion de guet aérien E-2C Hawkeye. Et cela en utilisant la liaison tactique L11, qui permet d’échanger automatiquement des données en temps réel.
Un an plus tard, la Marine nationale organisa un nouvel exercice de ce type, appelé LinkEx, avec cette fois un avion de patrouille maritime [PATMAR] Atlantique 2 [ATL2] et un SNA alors en patrouille dans l’océan Atlantique.
Dans le détail, une cible avait été détruite par un missile antinavire à changement de milieu SM39 Exocet lancé par le sous-marin, à partir des coordonnées communiquées par l’avion de patrouille maritime.
Pour rappel, pouvant aussi tirer des missiles AM-39 Exocet, l’ATL 2 porté au standard 6 est doté d’un radar à antenne active Searchmaster, associé à un détecteur infrarouge [FLIR] pour identifier les objectifs à grande distance ainsi qu’à un système d’émission radar.
En 2023, l’exercice Oceanis s’était concentré sur la coopération entre l’ATL2 et le Rafale M, l’objectif étant de «multiplier les effets» contre un adversaire.
Lors de cette séquence, un ATL 2 de la 21F et un Rafale M effectuèrent un tir coordonné de deux missiles AM39 Exocet sur une cible représentative d’un «navire de combat ennemi». Puis, deux autres avions PATMAR larguèrent chacun un torpille MU90 pour neutraliser un «sous-marin hostile» menaçant de s’en prendre à une «frégate amie».
«Cet entraînement au combat multilutte démontre la capacité d’emploi de l’armement de l’Atlantique 2 au standard 6 et ses excellentes capacités de coordination, tant avec les unités navales qu’avec l’aviation de chasse», avait alors souligné la Marine nationale.
Mais c’est de nouveau la coordination entre un ATL 2 et un sous-marin qui a été mise à l’épreuve lors d’un exercice effectué en juin.
En effet, via une vidéo diffusée par les réseaux sociaux, la Marine nationale a fait savoir qu’un ATL 2 de la Flottille 21F et un SNA en plongée avaient «engagé en simultané des missiles antinavires Exocet [SM39 et AM39] contre une cible gonflable, en pleine mer, au large des côtes françaises.
«Ce scénario, conçu pour simuler au plus près les conditions d’un engagement de haute intensité, a permis de renforcer la coordination entre les forces sous-marines et l’aéronautique navale et confirme la fiabilité et les performances de nos systèmes d’armes», a expliqué la Marine, sans livrer plus de détails. «Dans un contexte sécuritaire international exigeant, ces entraînements garantissent la crédibilité de nos forces», a-t-elle conclu.
Coordonner un tel tir suppose de prendre plusieurs paramètres en compte, comme la latence de la liaison entre l’ATL 2 et le sous-marin, la distance de l’un et de l’autre par rapport à la cible et les caractéristiques propres aux missiles SM-39 et AM-39.
Pour rappel, pouvant toucher une cible située à 50 km de distance, le SM39 Exocet est lancé depuis le tube lance-torpilles de 533 mm du SNA. Il est éjecté du véhicule sous-marin étanche dans lequel il est logé dès que celui-ci perce la surface. Puis, il se dirige vers sa cible , à très basse altitude, en utilisant un système de navigation inertielle et un autodirecteur électromagnétique actif. Quant à l’AM39, il a quasiment les mêmes caractéristiques, à la différence que sa portée est de 70 km.