Le groupe Jeanne d’Arc de retour en Méditerranée
Vincent Groizeleau – 09/07/2026

© Francis JacquotLe PHA Dixmude à son départ de Toulon le 17 janvier.
Partis le 17 février de Toulon dans le cadre de la mission annuelle Jeanne d’Arc de la Marine nationale, le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Dixmude et la frégate légère furtive (FLF) Aconit retrouvent la Méditerranée et vont bientôt rentrer à Toulon après le traditionnel exercice de synthèse organisé au profit des officiers élèves.
Après avoir traversé l’Atlantique en provenance d’Amérique du Nord, via un passage aux Açores, le Dixmude et l’Aconit ont franchi le mercredi 8 juillet le détroit de Gibraltar, retrouvant ainsi la Méditerranée, a appris Mer et Marine. Après quasiment cinq mois d’un déploiement dont le programme initial a été bousculé par la guerre au Proche et au Moyen-Orient, le groupe amphibie achève la mission Jeanne d’Arc avec le traditionnel exercice Étendard, aussi connu sous le nom de « Guerre OE ». Il permet aux officiers élèves présents sur les bâtiments de mettre en pratique ce qu’ils ont appris durant leur premier embarquement de longue durée via cet exercice de synthèse. Outre le PHA et sa frégate d’escorte, le groupe comprend pour mémoire un groupement tactique embarqué de l’armée de Terre avec soldats et véhicules, des engins de débarquement de la flottille amphibie, ainsi que des hélicoptères Caïman, Gazelle et Dauphin.

Initialement, la mission Jeanne d’Arc devait, cette année, croiser jusqu’en Asie du Sud-Est mais, onze jours après son départ de Toulon, l’intervention militaire américano-israélienne contre l’Iran débutait, le 28 février. Quelques jours plus tard, la guerre se propageait au Liban et l’île européenne de Chypre était visée par des projectiles. La France décida alors de mobiliser sa flotte pour protéger le flanc Est de l’Europe et être en mesure d’intervenir pour protéger ses intérêts et éventuellement assurer l’évacuation de ressortissants et une opération humanitaire au Liban. Dans cette perspective, le gros de la flotte française fut projeté entre la Méditerranée orientale et le nord de l’océan Indien, le groupe aéronaval emmené par le porte-avions Charles de Gaulle (qui rentre à Toulon à la fin de de cette semaine) quittant notamment précipitamment la Scandinavie pour se repositionner en urgence au large de Chypre. Le Dixmude et l’Aconit, quant à eux, avaient franchi le canal de Suez mais furent, un temps, maintenus au Nord de la mer Rouge, jusqu’à ce qu’un autre groupe amphibie, avec le PHA Tonnerre et la FLF Guépratte, rejoignent depuis Toulon la Méditerranée orientale.

Il fut alors décidé de poursuivre la mission Jeanne d’Arc mais d’annuler le volet asiatique du déploiement, afin de ne pas trop éloigner des capacités potentiellement utiles en cas d’aggravation de la crise, mais aussi du fait que la fermeture du détroit d’Ormuz complexifia sensiblement les problématiques d’avitaillement en carburant en Asie. Le groupe amphibie rejoignit l’océan Indien, contribuant à l’opération européenne Atalanta de lutte contre la piraterie et les trafics illicites au large de la corne d’Afrique et passant par les îles françaises de Mayotte et de La Réunion, où il a participé, comme cela était prévu, à l’exercice interarmées Papang 2026. Ayant également fait escale en mars au Kenya, les deux bâtiments, au lieu de poursuivre vers l’Extrême-Orient, ont ensuite rallié l’Atlantique via l’Afrique du Sud et le cap de Bonne-Espérance.

Suite à la reconfiguration du programme de la mission, ils sont passés à Rio de Janeiro, où ils se sont entrainés avec les forces armées brésiliennes, puis ont rejoint les Antilles, avant de poursuivre vers le Canada, Saint-Pierre et Miquelon et les États-Unis. Ils y ont intégré la flotte internationale réunie afin de commémorer le 250ème anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine, pour laquelle la France joua un rôle crucial avec les corps expéditionnaires de Lafayette et Rochambeau venus soutenir les insurgés, ainsi que l’escadre de l’amiral De Grasse qui remporta le 5 septembre 1781 la bataille décisive de la baie de la Chesapeake contre la Royal Navy, précipitant la reddition de l’armée britannique retranchée à Yorktown.






Le groupe Jeanne d’Arc a ensuite entamé son retour vers la France, passant par les Açores où il s’est entrainé avec le patrouilleur portugais Figueira da Foz, alors que le groupement tactique embarqué de l’armée de Terre s’entrainait avec des soldats portugais stationnés dans l’archipel. Les bâtiments ont fait escale à Ponta Delgada début juillet.

Après avoir regagné la Méditerranée et mené à bien la Guerre OE, le Dixmude et l’Aconit devraient rentrer à Toulon pour le 14 juillet.
Initiées en 2010 pour succéder aux campagnes d’application de l’ancien porte-hélicoptères Jeanne d’Arc, qui servait de bâtiment école à la Marine nationale depuis sa mise en service en 1964, cette mission annuelle, associant un PHA et une FLF, a trois objectifs. Le premier est de parachever la formation des jeunes officiers, en particulier ceux achevant leur cursus à l’École navale, via un premier déploiement lointain et de longue durée, dans un cadre interarmées et international. La mission Jeanne d’Arc a aussi vocation à prépositionner des moyens navals et amphibies dans des zones d’intérêt stratégique. Cela permet de nourrir la coopération avec les pays alliés et riverains des régions traversées, renforcer temporairement les capacités de la Marine nationale dans les territoires ultramarins et disposer de moyens d’intervention en cas de crise.
Cette année, 162 officiers élèves ont embarqué à bord du Dixmude et de l’Aconit, soit 85 « Bordaches » de l’École navale, 49 officiers sous contrat (OM/SC), 8 officiers-élèves issus d’un cursus bi-diplômant, 9 commissaires-élèves des armées d’ancrage Marine, 17 officiers-élèves étrangers et 43 des stagiaires extérieurs (13 de l’école d’administrateurs des affaires maritimes, 12 élèves de l’EDHEC Business School et 10 élèves-médecins de l’école de santé des armées d’ancrage Marine). S’y ajoutent un peu plus de 350 membres d’équipage et formateurs sur le PHA et la frégate, le personnel pour armer les trois engins de débarquement de la batellerie (un EDA-R et deux EDA-S) et celui du détachement de la flottille 34F avec un hélicoptère Dauphin. L’armée de Terre compte quant à elle 160 personnels sur cette mission. Le GTE est composé d’un sous-groupement tactique embarqué (SGTE) armé par la 9e brigade d’infanterie de marine (9e BIMa), disposant d’une trentaine de véhicules blindés (dont des Griffon), renforcé d’un sous-groupement aéromobile (SGAM) de la 4e brigade d’aérocombat (4e BAC) comprenant deux hélicoptères Caïman et deux hélicoptères Gazelle du 3e régiment d’hélicoptère de combat (3e RHC). En tout, ce sont donc quelques 800 militaires français qui sont présents à bord du Dixmude et de l’Aconit.