Un sous-marin nucléaire lanceur d’engins chinois a lancé un missile balistique intercontinental vers l’océan Pacifique

par Laurent Lagneau · 6 juillet 2026

Le 25 septembre 2024, la Chine effectua son premier tir de missile balistique sol-sol intercontinental à capacité nucléaire en direction de l’océan Pacifique – plus précisément vers la Polynésie française – depuis 1980. Si Pékin n’avait pas précisé le modèle de l’engin, les analystes estimèrent qu’il s’agissait d’un DF-31AG, une variante du Dongfeng-31 utilisant un lanceur mobile et non un silo. Afin d’éviter tout survol de territoires étrangers, le lancement avait été, a priori, effectué depuis l’île de Hainan.

À l’époque, malgré son caractère inhabituel, le ministère chinois de la Défense avait expliqué que ce tir faisait «partie du programme annuel d’entraînement de routine de la Force des missiles», qu’il était «conforme au droit et aux pratiques internationales» et qu’il ne visait «aucun pays» en particulier. Il «témoigne probablement de la modernisation en cours de l’arsenal nucléaire chinois, ce qui se manifeste par de nouveaux besoins en matière d’essais», avait toutefois estimé Ankit Panda, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale».

Quoi qu’il en soit, presque deux ans plus tard, Pékin a publié un communiqué quasiment identique pour annoncer le succès d’un essai de missile balistique intercontinental mer-sol en direction, une nouvelle fois, du Pacifique. Essai qui avait fait l’objet d’une communication préalable auprès des pays de la région.

«Un sous-marin stratégique à propulsion nucléaire et lanceur d’engins a «procédé avec succès, le 6 juillet à 12H01, au tir d’un missile stratégique équipé d’une ogive d’entraînement, en direction des eaux internationales du Pacifique. […] Ce missile est «tombé dans la zone maritime prédéfinie», a précisé le capitaine de vaisseau Wang Xuemeng, le porte-parole de la composante navale de l’Armée populaire de libération [APL]. «Ce tir d’essai s’inscrit dans le cadre des exercices militaires annuels de routine de la Chine», a-t-il ajouté.

Étant donné qu’aucun des pays de la région n’a protesté contre le survol de leur territoire, on peut penser que ce missile stratégique mer-sol a suivi la même trajectoire que celui précédemment tiré vers la Polynésie française. Mais cela reste à confirmer.

Comme à leur habitude, les autorités chinoises n’ont livré que très peu de détails sur ce tir, si ce n’est qu’il a été effectué par un sous-marin nucléaire lanceur d’engins [SNLE], appartenant probablement à la classe Jin [ou Type 094]. La marine chinoise compte au moins six navires de ce type.

Quant au missile en question, il pourrait s’agir du nouveau JL-3, dont la portée serait comprise entre 11 000 et 13 000 kilomètres. La photographie du tir produite par les médias chinois ne permet pas d’être affirmatif. Comme le souligne en effet Étienne Marcuz, spécialiste de ces questions à la Fondation pour la recherche stratégique [FRS], il est quasiment impossible de différencier un JL-3 d’un JL-2, le modèle précédent.

Par ailleurs, relève le chercheur, les notifications adressées à la navigation aérienne et maritime par la Chine suggéraient que deux tirs devaient avoir lieu : l’un depuis le mer de Bohai, l’autre depuis la mer de Chine méridionale. «Il est donc possible que l’un des deux SNLE ait connu un dysfonctionnement, l’empêchant de tirer son missile. Toutefois, plusieurs créneaux étaient prévus pour ce test, courant jusqu’au 8 juillet. Patientons donc jusque là…», a-t-il prudemment écrit, via le média social X.

Cet essai, qui a ainsi permis de vérifier la capacité de frappe en second [ou de riposte] de l’APL, a été effectué quarante-huit heures après la fête nationale des États-Unis [et les 250 ans de leur Déclaration d’indépendance] et peu avant le début des manœuvres annuelles navales russo-chinoises, au large de Qingdao.