L’Aviation légère de l’armée de Terre envisage de doter ses hélicoptères Tigre de munitions téléopérées Toutatis

par Laurent Lagneau · 5 juillet 2026

Depuis que son commandant, le général David Cruzille, a développé le concept de dronisation de l’aérocombat lors d’un entretien [ou «podcast»] diffusé par le Commandement du combat futur [CCF] et les premières expérimentations menées par le 3e Régiment d’Hélicoptères de Combat [RHC] avec des drones à pilotage immersif [FPV] lancés depuis une Gazelle, l’Aviation légère de l’armée de Terre [ALAT] multiplie des projets capacitaires car elle n’entend pas perdre de temps.

«La dronisation de l’aérocombat est un domaine qui ne saurait se satisfaire d’une posture attentiste vis-à-vis du développement de nouvelles technologies», a ainsi justifié le colonel Guillaume Briançon-Rouge, chef de la division «études et prospectives» au sein du commandement de l’ALAT [COMALAT], dans le dernier numéro de la revue «Aérocombat».

D’ailleurs, dans un entretien publié par La Tribune, en juin, le général Cruzille avait insisté sur la nécessité d’accélérer cette dronisation. «Il n’est pas question de se dire qu’en 2040, nous aurons enfin une ALAT dronisée. Mon objectif est d’y aller dès maintenant», avait-il affirmé.

L’enjeu de la dronisation de l’aérocombat n’est pas de remplacer les hélicoptères par des drones mais de les associer afin d’augmenter les capacités opérationnelles de l’ALAT.

Ainsi, il est question d’engins lancés par aéronefs [ELA], comme les drones FPV, et de développer un drone tactique d’aérocombat [DTA], censé accompagner les hélicoptères d’attaque et/ou de manœuvre. Du moins était-ce l’idée de départ.

Le colonel Briançon-Rouge a fait état de plusieurs projets en cours. Ainsi, en lien avec l’entreprise ADROHA, le 5e RHC mène l’évaluation tactique «détection/reconnaissance/identification» [DRI], laquelle vise à mettre en œuvre un drone depuis un point avancé de ravitaillement pour les hélicoptères [FARP – Forward Area Refueling Point] ou un poste de commandement afin de «préciser le renseignement au profit de l’aérocombat».

Le Commandement des Actions Spéciales Terre [CAST], dont relève le 4e Régiment d’Hélicoptères des Forces Spéciales [RHFS], a lancé PROMETHÉE, un projet de drone de type ELA devant atteindre sa pleine capacité opérationnelle en 2027. Le colonel Briançon-Rouge s’est gardé d’en dire davantage.

Déjà succinctement évoqué à l’occasion des manœuvres interarmées Orion 26 car expérimenté par le 1er RHC, le DEDAL [pour Drone Équipier Désignateur pour l’Aérocombat] est un quadricoptère de type Tundra [fourni par Hexadrone] qui, doté d’une boule optronique, est censé permettre à un hélicoptère Tigre d’effectuer des tirs de missiles Hellfire au-delà de la vue directe.

Autre projet de drone tactique d’aérocombat léger : le COLÉOPTÈRE. Porté par le CAST, il pourrait profiter à la 4e Brigade d’Aérocombat [BAC]. Mais, là encore, le chef de la division «études et prospective» du COMALAT ne s’est pas attardé sur les détails.

Enfin, suivi par le 3e RHC, JANUS vise à développer un DTA lui-même doté de la capacité à lancer des drones intercepteurs.

Toutes des initiatives ont en commun de venir des régiments, c’est-à-dire de la «base». Pour autant, le COMALAT suit évidemment de près les innovations proposées par les industriels. Trois d’entre elles font désormais partie de ses projets en cours.

Alors que le prototype du Tigre porté au standard RMV [pour «rénovation à mi-vie» ou MK3] doit prendre son envol bientôt, Airbus Helicopters a développé le concept CAT’S AI [Cockpit Augmented Tactical Suite with AI], qui vise à transformer le cockpit de cet hélicoptère en «poste de commandement volant» grâce à l’apport de l’intelligence artificielle et de la réalité augmentée.

«L’objectif consiste à améliorer la conscience situationnelle, réduire la charge cognitive de l’équipage et optimiser la prise de décision en temps réel», résume le colonel Briançon-Rouge. L’intelligence artificielle permettra d’analyser en temps réel les données provenant des capteurs et des drones pour «fournir des recommandations tactiques, anticiper les menaces et automatiser certaines tâches répétitives, libérant le pilote pour les décisions majeures», complète-t-il.

La première phase d’expérimentation de CAT’S AI a été validée par la sous-chefferie plans/programmes en décembre 2025.

Le second projet concerne encore le Tigre. Il vise à lui permettre d’emporter la munition téléopérée [MTO] Toutatis, développée par Thales. Celle-ci serait «propulsée depuis le bras d’emport» de l’hélicoptère, augmentant ainsi le «rayon de sa capacité d’agression».

Effectivement, la MTO Toutatis a une portée de 30 km, pour une autonomie de 30 minutes. Dotée d’une charge militaire interchangeable selon l’effet recherché [destruction de blindés légers ou de chars lourds], elle peut évoluer en essaim tout en étant résiliente face au brouillage électronique.

Dans un registre similaire, le dernier projet évoqué par le colonel Briançon-Rouge vise à associer l’hélicoptère de manœuvre NH90 Caïman TTH au Flexrotor, un drone de type VTOL, commercialisé par Airbus Helicopters depuis le rachat de l’entreprise américaine Aerovel. Appelé «Hteaming NH90/FLEXROTOR», il doit faire l’objet d’une expérimentation en septembre prochain. Une telle capacité permettrait, par exemple de reconnaître une zone avant de s’y poser.