La Royal Navy fait une croix sur ses futurs destroyers de Type 83, remplacés par des «navires de combat hybrides»
par Laurent Lagneau

Alors qu’il se fait attendre depuis bientôt un an, le Plan d’investissement dans la défense [DIP] ne devrait plus tarder à être dévoilé par le gouvernement britannique. Mais l’on sait déjà ce qu’il ne financera pas : censés remplacer ceux de Type 45 [classe Daring] à la fin des années 2030, les six futurs destroyers de Type 83 ne seront finalement pas construits. À la place, il est question de doter la Royal Navy de «Common Combat Vessels» [CCV], censés servir de «centres de contrôle pour les systèmes sans équipage».
C’est en effet ce qu’a annoncé le ministère britannique de la Défense [MoD], confirmant ainsi une information parue dans la presse dominicale, via un communiqué publié ce 29 juin.
Faisant encore l’objet d’études conceptuelles, le destroyer de Type 83 avait été décrit comme étant une évolution de ceux de la classe Daring. Issu du programme FADS [pour Futur Air Dominance System], ce navire devait être plus imposant [environ 10 000 tonnes de déplacement contre 7 500 tonnes], doté de capteurs puissants et d’une gamme de «nouvelles capacités», parmi lesquelles les armes à énergie dirigée. En 2024, il fut rapporté que la Royal Navy étudiait l’éventualité d’une propulsion nucléaire.
Étant donné que le MoD doit faire face à un «déficit budgétaire» de 28 milliards de livres sterling pour les quatre prochaines années, certains observateurs, avance The Telegraph, disent craindre que l’annulation de ces six destroyers de Type 83 ait été dictée par des impératifs économiques.
Cela étant, lors d’un discours prononcé à l’occasion du salon de l’armement DSEI 2025, en septembre dernier, le chef d’état-major de la Royal Navy, le général Gwyn Jenkins [issu des Royal Marines, ndlr], avait insisté sur la nécessité de «prendre de la masse».
«Nous devons faire les choses différemment, développer et diversifier notre flotte. Nous devons accélérer le développement de nouvelles capacités […] pour améliorer la flexibilité avec laquelle nous créons, exploitons et améliorons les moyens dont nous avons besoin pour combattre et gagner», avait-il dit. Et d’ajouter qu’il avait l’ambition de «redéfinir la puissance militaire maritime» en transformant la Royal Navy en une force navale «hybride», c’est-à-dire «connectée, composée de navires avec et sans équipage».
Le First Sea Lord avait ensuite résumé cette ambition en un slogan : «Déployer des navires sans équipage autant que possible et des navires avec équipage seulement si c’est nécessaire». Le concept du CCV s’inscrit pleinement dans cette logique.
Le CCV «sera le premier navire de guerre ‘hybride’ de la Royal Navy, coordonnant des systèmes sans équipage dans les airs, en surface et sous la mer», a indiqué le MoD. Il étendra ainsi «la portée, la résilience et la puissance de feu de la Royal Navy sans augmentation à due proportion des équipages, ni des coûts», a-t-il ajouté.
Devant être opérationnels au début des années 2030, ces CCV «travailleront aux côtés de huit frégates de Type 26 et de cinq frégates de Type 31», a souligné le MoD, confirmant en creux l’abandon des cinq frégates de Type 32, annoncées en 2020.
En outre, ce navire «hybride» sera accompagné par au moins quatre modèles de drones navals, chacun ayant une spécialité propre : le Type 91 [plateforme de missiles], le Type 92 [détection sous-marine], le Type 93 [sous-marin extra-large autonome], le Type 94 [plateforme de capteurs].
«Plutôt que de concentrer les capacités sur un petit nombre de navires imposants et coûteux, la Royal Navy optera pour une marine hybride, combinant équipage et systèmes autonomes, et sera mieux adaptée au rythme et à la nature des conflits modernes», a fait valoir le MoD… qui, par ailleurs, prend le contre-pied du Pentagone.
Pour rappel, l’US Navy a l’intention de se doter de cuirassés de 30 000 ou 40 000 tonnes, à propulsion nucléaire et censés assurer la défense antiaérienne et antimissile d’un groupe aéronaval, de servir de «nœud de commandement et de contrôle» pour la coordination d’une flotte, de prendre la direction d’un groupe d’action navale pour la guerre de surface et la lutte anti-sous-marine ou encore pour effectuer des tirs stratégiques hypersoniques à longue portée.
Quoi qu’il en soit, pour le nouveau secrétaire britannique à la Défense, Dan Jarvis, ces navires «hybrides» seront conçus pour «faire face aux menaces croissantes auxquelles» la Grande-Bretagne et ses alliés sont confrontés.
«Développés en collaboration avec des innovateurs britanniques exceptionnels, ces nouveaux navires seront construits en Grande-Bretagne, soutenant ainsi l’emploi dans tout le pays et dotant la Royal Navy d’une capacité adaptée à la guerre moderne», a-t-il conclu.