Le ministère des Armées a émis un appel d’offres pour se procurer deux millions de cartouches de calibre 12,7 mm
par Laurent Lagneau ·

En janvier 2022, dans une réponse à une question posée par un député, le ministère des Armées avait indiqué que les forces françaises consommaient en moyenne environ 80 millions de munitions de petit calibre [du 5,56 mm au 12,7 mm] par an. À l’époque, alors qu’il n’était plus question de rétablir une filière de production souveraine dédiée [ce qui n’est plus le cas maintenant, ndlr], il avait estimé que la «situation des stocks» était «très satisfaisante» car permettant de «couvrir un défaut d’approvisionnement à court ou moyen terme».
«Pour l’armée de Terre notamment, dont les besoins dépassent de loin ceux des autres armées, le stock existant couvre plus de 90 % du besoin exprimé sur l’ensemble des calibres allant du 5,56 mm au 12,7 mm. Ce niveau de satisfaction permet d’assurer toutes les missions du contrat opérationnel, y compris le besoin associé à un engagement majeur, tout en couvrant deux à trois années de préparation opérationnelle [selon les calibres]», avait expliqué le ministère.
Et d’insister : «Depuis la fin de la production nationale et malgré le cumul des engagements opérationnels répétés, les armées n’ont jamais rencontré de difficultés d’approvisionnement pour leurs missions, du fait d’un marché mondial considérable et très concurrentiel».
S’agissant des munitions de calibre 12,7 x 99 mm Otan, un rapport parlementaire publié en octobre de la même année avait précisé que les principaux fournisseurs des armées françaises étaient FN Browning Group [Belgique], NAMMO [Norvège] et IMI [Israël]. Mais peut-être que cela va bientôt changer.
En effet, ce 26 juin, la Direction générale de l’armement [DGA] a émis un appel d’offres portant sur la «qualification, la production et la fourniture de munitions de calibre 12,7 x 99 mm à balle ordinaire et à balle traçante au standard Otan». La valeur maximale de l’accord-cadre qu’elle entend notifier est de 99 millions d’euros.
«L’accord-cadre prévoit une phase de qualification industrielle des munitions avant les phases de production. Au titre de ce poste, des essais industriels seront à réaliser au moyen d’une arme Browning Machine Gun.50 M2HB dont le titulaire devra donc être en possession. Au titre de la qualification, il est attendu du titulaire qu’il qualifie les munitions à balle ordinaire et à balle traçante. La qualification des munitions devra intervenir moins de dix-huit mois après la notification de l’accord-cadre», est-il précisé dans le texte de cet appel d’offres.
Détail important : l’amorce, la poudre et les éléments métalliques [balle et étui] devront impérativement être produits sur le territoire de l’Union européenne [UE] ou sur celui de l’Espace économique européen [EEE].
D’une durée de sept ans, cet accord-cadre prévoit la livraison de un million de munitions de 12,7 x 99 mm à balle ordinaire et d’environ un million de munitions 12,7 x 99 mm «panachées», c’est-à-dire que ce lot devra comprendre des balles ordinaires et des balles traçantes.
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«Les livraisons des munitions devront avoir lieu moins de vingt-quatre mois après leur qualification», exige la DGA, qui n’exclut pas de passer des commandes supplémentaires par la suite.
Les opérateurs économiques des pays tiers à l’UE ou à l’Espace économique européen n’étant pas autorisés à participer à cette procédure au titre de l’article 2342-7 du code de la commande publique, les éventuels candidats ont jusqu’au 29 juillet prochain pour remettre leurs offres.
Relancé par Sébastien Lecornu quand il était encore ministre des Armées, le projet visant à relocaliser une filière industrielle dédiée aux munitions de petit calibre ne devrait pas tarder à se concrétiser.
«On a quatre industriels européens qui se sont portés candidats. Les offres initiales ont été remises le 2 décembre 2025. Elles ont été analysées par la DGA. La remise des offres finales interviendra le 14 avril, après une demande de report de deux soumissionnaires», a en effet indiqué Catherine Vautrin, la ministre des Armées, lors d’une audition organisée à l’Assemblée nationale pour évoquer le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30.