Le besoin de recréer de la masse sur le champ de bataille a inspiré une PME qui propose de recycler de vieux AMX-30, l’ex-fer de lance de la cavalerie blindée

S’abonner sans engagement

Le Refurbot est un drone terrestre lourd dérivé du char de combat AMX-30. DR

Faire du neuf, avec du vieux : c’est l’idée de la PME S2M Equipment qui, en partenariat avec le géant KNDS France et la société experte de la gestion d’obsolescence OBSAM, a développé le drone de combat terrestre lourd Refurbot. Construit à partir d’un vieux char français, le Refurbot est né d’échanges avec les militaires du 1er Régiment de Hussards Parachutistes (1er RHP), demandeurs de capacités robotisées lourdes.

À lire aussi

À Eurosatory, le boom des entreprises ukrainiennes

L’idée repose sur le recyclage de plateformes lourdes déclassées dont le char de combat AMX-30, châssis qui équipe le prototype présenté lors du salon de l’armement Eurosatory en juin 2026. Bien que le démantèlement de la flotte de plus d’un millier d’AMX-30 ait été lancé en 2015, l’armée possède encore des stocks de ces châssis, notamment des versions les plus modernes AMX-30B2H dotées du blindage réactif Brenus, qui dormiraient au frais dans les galeries souterraines de la base de Saint-Astier (Dordogne).

Un tourelleau téléopéré

Sur le plan technique, la transformation s’articule autour de plusieurs modifications majeures. Pour alléger la structure, la tourelle lourde d’origine et son canon de 105 mm sont entièrement supprimés. Cette réduction de poids significative améliore la mobilité du châssis chenillé tout en conservant une excellente protection de la base.

L’armement est remplacé par un tourelleau téléopéré moderne ARX-25, développé par KNDS, équipé d’un canon de 25 mm. De plus, le véhicule intègre le module de robotique autonome Toxo, un système de contrôle à distance du châssis ainsi que des capteurs optroniques de dernière génération. Pour élargir la visibilité de l’opérateur à distance, le système embarque un drone aérien captif, c’est-à-dire relié par un câble au véhicule.

À lire aussi

Dans les usines secrètes de Fire Point, le fabricant ukrainien des missiles qui frappent la Russie

Au-delà de la performance militaire, le projet mise sur sa viabilité logistique et son potentiel économique. Dans une vidéo diffusée l’occasion du salon Eurosatory en juin 2026, Nathalie Barat Vandamme, présidente et fondatrice de l’entreprise spécialisée dans le maintien en condition opérationnelle OBSAM, indique que l’AMX-30 demeure un véhicule « 100 % maintenable » grâce à une gestion rigoureuse des obsolescences et l’intégration de nouveaux fournisseurs capables de reproduire les pièces mécaniques d’origine.

« Du matériel dont on allait se débarrasser »

De son côté, Bruno Pichon, directeur général adjoint de S2M Equipment, estime que son entreprise « sait transformer tous les châssis qui puissent exister » afin de « les rendre utiles de nouveau, pour une deuxième vie moderne, et adaptée aux conflits actuels ». Refurbot permet de produire « des capacités rapidement, avec un prix compétitif à partir de matériel dont on allait se débarrasser », se félicite pour sa part Mathias Von Euw, responsable de la démarche d’innovation chez KNDS France. « Côté export, la proposition de valeur séduit », assure-t-il.

La transformation de l’AMX-30 en Refurbot implique de supprimer la tourelle lourde et son canon de 105 mm.S2M EQUIPMENT / CAPTURE D’ÉCRAN VIDÉO

L’architecture du Refurbot est transposable à d’autres chars étrangers retirés du service ou en fin de vie. Les yeux se tournent naturellement vers le char allemand Leopard 1A5, dont un millier d’exemplaires seraient encore exploitables dans le monde. Les prochaines étapes prévues par le consortium industriel visent à éprouver concrètement le système sur le terrain à travers des évaluations tactiques avec les forces françaises et dans le cadre du défi de robotique CoHoMa (Collaboration Homme-Machine).

À lire aussi

Mitrailleuses, brouilleurs, drones kamikazes… l’arsenal antidrone se déploie

La robotisation des forces terrestres est une priorité stratégique du Commandement du combat futur de l’armée de terre. L’usage de robots armés se développe, notamment en Ukraine avec des systèmes d’appui-feu légers ou des robots kamikazes, mais les matériels se heurtent à la réalité du terrain.

Ils souffrent notamment d’un manque de mobilité et ont tendance à se retourner sur des sols fortement dégradés par les tirs d’artillerie, alors que leurs cousins les drones aériens ne sont pas soumis à ces obstacles.