La Direction générale de l’armement s’intéresse au drone tactique d’aérocombat S301, développé par Schiebel et Thales

par Laurent Lagneau · 23 juin 2026

Dans un entretien accordé à La Tribune, en marge du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory 26, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, a réaffirmé que l’hélicoptère, qu’il soit de manœuvre ou d’attaque, demeurera essentiel au combat de haute intensité. Et cela alors que certains se sont risqués à prophétiser le contraire en mettant en avant la prolifération des drones aériens sur le champ de bataille.

Mais il faut se garder de tout avis définitif dans les affaires militaires. Tel est, en tout cas, la mise en garde faite par le général Fabien Mandon, le chef d’état-major des armées [CEMA], lors d’une audition au Sénat, fin avril.

«J’encourage, bien sûr, le ‘penser autrement’, ce qui est parfois dur à mettre en œuvre au sein de l’institution militaire, qui est assez conservatrice. Sa force est néanmoins d’échapper aux phénomènes de mode», avait-il d’abord dit, avant d’enchaîner sur une anecdote.

«J’ai participé il y a cinq ans à une discussion au cours de laquelle quelqu’un a affirmé que l’artillerie ne servait plus à rien, car prochainement tout serait numérique. Or il s’agissait d’un conseiller éminent !», a-t-il relaté. Alors, a poursuivi le CEMA, «nous ne sommes peut-être pas assez agiles, mais cet aspect inertiel évite des coups de barre radicaux susceptibles de nous faire rater un virage important». Et d’insister : «Les armées peuvent paraître conservatrices, mais c’est la rançon de la robustesse. Des questions peuvent effectivement se poser».

Cela étant, pour le général Schill, ce n’est pas parce que l’Aviation légère de l’armée de Terre [ALAT] est «l’une de nos forces» qu’il faut «s’aveugler». Si l’hélicoptère de manœuvre ne donne pas matière à débat [il est «tranché», a-t-il dit] au regard des missions qu’il permet d’accomplir [transport, évacuation sanitaire, recherche et sauvetage au combat, infiltration, opérations spéciales, etc.], il en va autrement pour celui de reconnaissance et d’attaque, même si, depuis peu, l’EC-665 Tigre a ajouté une nouvelle corde à son arc avec la lutte antidrone.

«La dronisation pourrait être suffisamment efficace pour que l’on achète des hélicoptères [d’attaque] moins chers et moins armés. La question est ouverte», a dit le général Schill.

Justement, l’ALAT se la pose depuis maintenant quelques années, via le concept de «dronisation de l’aérocombat».

Celui-ci repose sur trois axes de travail : les Engins lancés depuis des aéronefs [ELA], les drones tactiques d’aérocombat [DTA], pouvant évoluer en mode semi-autonome ou autonome pour accompagner les hélicoptères, et l’emploi de ces mêmes drones en coordination avec ceux mis en œuvre par les «autres composantes du combat interarmées».

En 2024, dans un «podcast» du Commandement du combat futur de l’armée de Terre [CCFAT], le général David Cruzille, le commandant de l’ALAT, avait expliqué que ce drone tactique d’aérocombat devrait être «performant au juste niveau» et abordable en termes de prix, l’objectif étant de gagner de la «masse».

Un tel drone existe sans doute déjà. Lors d’EuroSatory, l’entreprise autrichienne Schiebel, associée à Thales, a en effet présenté le Camcopter S301, un appareil de 700 kg pouvant voler à la vitesse maximale de 120 nœuds et, surtout, emporter une charge utile de 250 à 300 kg.

Outre les capteurs et les moyens de guerre électronique [comme la nacelle CURCO], fournis par Thales, cette dernière pourrait se composer de dix missiles légers Martlet, des roquettes à guidage laser de 68 mm ou de 70 mm, voire des munitions téléopérées [MTO] Toutatis.

Par ailleurs, ce S301 bénéficiera des travaux menés par CortAIx, l’unité de Thales spécialisée dans l’intelligence artificielle [IA].

Le ministère britannique de la Défense [MoD] a pris un peu d’avance dans le domaine de la dronisation de l’aérocombat. En mai, il a retenu quatre industriels, à savoir Anduril UK, BAE Systems, Tekever et Thales UK [sur la base du S301], pour le programme NYX, lequel vise à développer un drone de combat collaboratif censé accompagner les hélicoptères d’attaque AH-64E Apache de la British Army.

En attendant, assure Schiebel, la Direction générale de l’armement, par l’entremise de son directeur adjoint, l’ingénieur général de classe exceptionnelle [IGCEA] Alexandre Lahousse, a marqué un «vif intérêt» pour le S301.

«Fort de notre expertise reconnue, le Camcopter S301 offre des performances inédites, sa production en France contribuant au développement technologique national», a commenté l’industriel autrichien.

Selon Flight Global, le S301 a été proposé par Schiebel et Thales à l’appel d’offres ADAPT, émis par la DGA en avril pour remplacer le drone tactique Patroller, dont le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 a confirmé la fin.