Rome voudrait accueillir Berlin au sein du GCAP, le projet d’avion de combat mené avec Londres et Tokyo

par Laurent Lagneau · 23 juin 2026

La semaine passée, accueillant le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, à l’usine de Mérignac, Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, l’a assuré. «On fera un nouvel avion de combat. Quand ? Comment ? Avec qui on joue ? Je garde pour moi les informations que j’ai avec les autorités françaises. Mais on travaille dessus», a-t-il affirmé, quelques jours après l’échec de la coopération franco-allemande autour du New Generation Fighter [NGF], le chasseur-bombardier de 6e génération sur lequel était censé reposer le Système de combat aérien du futur [SCAF].

Si M. Trappier n’a pas souhaité en dire davantage, il n’en reste pas moins que l’hypothèse d’une alliance entre la France et la Suède a pris de l’importance depuis quelques jours.

Dans le même temps, Airbus Defence & Space s’est empressée de prendre la tête d’un consortium appelé «Team Gen 6» pour développer un avion de combat de 6e génération de conception allemande… et de tendre la main à l’industrie aérospatiale espagnole. Seulement, pour le moment, l’Allemagne n’a pas encore fait part de ses intentions. Aussi, impliquée, avec le Royaume-Uni et le Japon, dans le Global Air Combat Programme [GCAP], un projet concurrent du SCAF, l’Italie ne cesse de lui faire les yeux doux.

Ainsi, dans un entretien accordé au Financial Times, Lorenzo Mariani, le nouveau PDG de Leonardo, a affirmé que l’Italie serait «ouverte à l’idée que l’Allemagne rejoigne le GCAP».

«Je serais ravi que certains acteurs du complexe industriel allemand se joignent à nos activités », a-t-il insisté. « Ces programmes sont toujours très exigeants en termes d’investissements. […] Avoir un autre partenaire disposant à la fois de capitaux et de compétences industrielles serait donc un atout », a-t-il fait valoir.

Pour rappel, l’architecture industrielle du GCAP a déjà été définie par l’accord GIGO [GCAP International Government Organisation], signé en décembre 2024. Celle-ci repose sur la coentreprise Edgewing, formée par BAE Systems, Leonardo et Japan Aircraft Industrial Enhancement [JAIEC, consortium réunissant Mitsubishi Heavy Industries et Society of Japanese Aerospace Companies]. Aussi, ouvrir ce projet à d’autres acteurs serait compliqué… D’ailleurs, M. Mariani en a parfaitement conscience étant donné qu’il a évoqué de potentielles «négociations intensives» dans le cas où l’Allemagne souhaiterait s’y joindre.

Seulement, la question centrale demeure celle des coûts. Récemment, l’Italie a dû débloquer une enveloppe de 18,6 milliards d’euros au titre du GCAP, soit un montant trois fois plus élevé que prévu pour financer la phase de conception et de développement de ce projet. Qui plus est, les intentions du Royaume-Uni sont incertaines… Et elles le resteront tant qu’il n’aura pas dévoilé son «Plan d’investissement dans la défense» [DIP], lequel se fait attendre depuis bientôt un an. Probablement qu’il faudra patienter davantage, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, venant de donner sa démission.

Cela étant, le PDG de Leonardo n’imagine pas un échec du GCAP. «Le combat aérien est un secteur si important pour le Royaume-Uni, qu’il n’abandonnera jamais cette priorité», a-t-il dit.

Quoi qu’il en soit, c’est sous l’angle des coûts du projet que le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a évoqué une éventuelle participation de l’Allemagne au GCAP.

«Davantage de pays pourraient rejoindre le Global Combat Air Programme. […] Celui qui semble le plus intéressé pour le moment est le Canada, en tant qu’observateur. Nous y sommes totalement ouverts», a-t-il dit à la presse, ce 23 juin. «Si l’Allemagne ou d’autres pays, ou l’Arabie saoudite, devaient entrer, nous serions tout à fait disposés, car plus il y a de participants, plus on a de chances de créer quelque chose et de réduire les coûts», a-t-il ensuite ajouté.

Sauf que le Japon est plutôt réticent à l’idée d’ouvrir le GCAP à d’autres partenaires. Et pour une raison simple : il souhaite éviter tout retard dans la mise en œuvre de ce projet, son objectif est de mettre en service un avion de combat de 6e génération dès 2035, afin de pas se laisser trop distancer par la Chine.