Pourquoi l’Arabie Saoudite bloque l’éventuel reprise des frappes sur l’Iran ?

Le Hajj. Le Hajj est le pèlerinage annuel islamique à La Mecque, en Arabie saoudite, et constitue l’un des cinq piliers de l’islam – les obligations religieuses fondamentales qui définissent la pratique musulmane. Tout musulman qui en a les moyens physiques et financiers est tenu d’accomplir le Hajj au moins une fois dans sa vie. Cette obligation est tirée directement du Coran et de l’exemple du prophète Mohammed. Le pèlerinage a lieu pendant le mois lunaire islamique de Dhul Hijjah – plus précisément du 8 au 13 – ce qui signifie qu’il tombe à des dates différentes chaque année dans le calendrier grégorien. Cette année, il aura lieu le 24 mai… dimanche prochain.

Le Hajj est le plus grand rassemblement humain annuel au monde. En temps normal, environ 2 à 3 millions de pèlerins, originaires de près de 180 pays, convergent vers La Mecque et ses environs pendant cinq jours. L’Arabie saoudite délivre les visas du Hajj et impose des quotas à chaque pays afin de gérer l’afflux de pèlerins. Durant leur séjour en Arabie saoudite, les pèlerins musulmans accomplissent plusieurs rites qui s’achèvent le 31 mai. Le déroulement des principaux événements est le suivant :

24-25 mai (8 Dhul Hijjah) : Début du jour de Tarwiyah. Les pèlerins quittent La Mecque pour rejoindre Mina, la ville de tentes, afin de se préparer pour les jours suivants. 26 mai (9 Dhul Hijjah) : Jour d’Arafat. Les pèlerins se rassemblent sur le mont Arafat pour prier et se repentir — le rituel le plus important et central du Hajj.

27 mai (10 Dhul Hijjah) : Aïd al-Adha. Les pèlerins se rendent à Muzdalifah pour ramasser des cailloux destinés à la lapidation symbolique du diable à Mina, suivie du sacrifice d’animaux et du rasage ou de la coupe des cheveux.

28-29 mai : Les derniers jours de Tashreeq, durant lesquels les pèlerins poursuivent les rituels de lapidation et accomplissent le Tawaf al-Ifadah à la Grande Mosquée de La Mecque.

Les dirigeants saoudiens savent que s’ils autorisent les États-Unis à mener de nouvelles attaques contre l’Iran depuis des bases saoudiennes, ou si les moyens aériens américains stationnés sur la base aérienne Prince Saud (PSAB) sont utilisés pour ravitailler les avions d’attaque américains, l’Iran riposterait probablement en frappant des cibles saoudiennes. Cela risquerait de provoquer des coupures d’électricité et de perturber le trafic aérien, empêchant ainsi les pèlerins musulmans d’arriver en Arabie saoudite ou d’en repartir. Une nouvelle attaque américaine contre un pays musulman pendant cette période sacrée nuirait davantage à la réputation déjà ternie des États-Unis.

Il est possible que Trump décide de lancer une nouvelle série de frappes aériennes contre l’Iran, mais qu’au lieu d’utiliser l’espace aérien saoudien, les opérations de ravitaillement en vol soient déplacées vers l’espace aérien irakien.

Sur le plan diplomatique, Washington continue d’exiger d’importants transferts d’uranium, des limitations sévères de l’infrastructure nucléaire iranienne restante et une désescalade régionale en échange d’un allègement progressif des sanctions et d’un accès limité aux actifs.

La position de Téhéran reste tout aussi inflexible :

  • mettre fin aux guerres régionales sur plusieurs fronts,
  • lever les sanctions de manière significative,
  • dégeler les actifs souverains,
  • reconnaître les réalités géopolitiques entourant l’influence iranienne et la géographie stratégique, en particulier autour d’Ormuz.

L’élément crucial est que Téhéran ne considère plus son arsenal nucléaire comme un simple atout technique. Il l’intègre désormais à une stratégie de survie civilisationnelle et stratégique bien plus vaste. L’Iran n’a absolument aucune intention de confier des matières nucléaires sensibles à des structures de garde occidentales. Si un accord de garde externe devait être mis en place, la préférence irait nettement à la Russie et, éventuellement, à des mécanismes eurasiens plus larges, plutôt qu’à une structure contrôlée par Washington ou l’Europe.

En résumé : les négociations entre l’Iran et les États-Unis, avec le Pakistan comme médiateur, ont peu de chances d’aboutir, et les États-Unis, de concert avec Israël, relanceront l’attaque contre l’Iran, mais sans le soutien de l’Arabie saoudite, du Qatar et du Koweït.