Très haute altitude : Le ministère des Armées salue le succès des premiers vols du drone stratosphérique Heliblade
par Laurent Lagneau · 24 juillet 2026

Pour le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace [CEMAAE], le général Jérôme Bellanger, la Très haute altitude [THA] est comparable au «Far West» car cette zone, comprise entre 20 et 100 km d’altitude, n’est soumise à aucune règle clairement définie, faute de consensus sur ses limites. Aussi, elle est sur le point de devenir un nouveau domaine de conflictualité, si elle ne l’est pas déjà devenue, comme en témoigne l’affaire du «ballon chinois» qui défraya la chronique aux États-Unis durant l’hiver 2023.
En effet, outre le fait qu’elle peut être traversée par des missiles balistiques et des planeurs hypersoniques, cette «zone grise» présente plusieurs intérêts pour les opérations militaires, comme le renseignement [les capteurs montés sur un aérostat, par exemple, sont plus performants que ceux d’un satellite, car plus proches de la terre, ndlr], la guerre électronique, les télécommunications, voire la frappe dans la profondeur.
En juin 2025, alors ministre des Armées, Sébastien Lecornu dévoila une stratégie pour la THA reposant sur trois piliers : la détection, l’interception et l’exploitation.
S’agissant du troisième pilier, M. Lecornu avait évoqué trois projets particuliers, à savoir le ballon stratosphérique manœuvrant BALMAN, conçu par Hemeria, le pseudo-satellite [ou HAPS, pour High altitude permanent system] Zephyr, d’Airbus et le dirigeable autonome Stratobus, développé par Thales Alenia Space depuis 2014.
Mais un quatrième a retenu l’attention du ministère des Armées : le drone stratosphérique Heliblade qui, conçu par la société X721, créée en 2014 par d’anciens ingénieurs d’Airbus et d’Arianespace, vient de réaliser, avec succès, un vol, sous l’œil de la Direction générale de l’armement et celui du Centre d’expertise aérienne militaire [CEAM] de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE].
D’une envergure de 18 mètres pour une masse au décollage inférieure à 4 kilogrammes, cet appareil expérimental, à mi-chemin entre l’hélicoptère et l’avion, est censé voler pendant plusieurs mois à plus de 20 000 mètres d’altitude grâce à l’énergie solaire.
«Au cours de ce vol, réalisé à basse altitude, X721, en présence de l’AAE, de la DGA et de l’Agence de l’innovation de défense [AID], a pu tester le concept, la stabilité et la manœuvrabilité de ce drone. L’exploitation des données du vol permettra à la société de poursuivre le développement du système Heliblade», a en effet indiqué le ministère des Armées, via un communiqué publié ce 24 juillet.
Plus précisément, ce vol s’est déroulé en deux temps, avec un premier palier à 15 mètres, suivi d’un second à 35 mètres d’altitude.
Selon X721, plusieurs vols, d’une durée de cinq minutes, ont été réalisés au cours de ces derniers jours. «Bien volontairement limités en altitude, [ils] représentent une réduction significative du risque technique et confirment que le [drone] Heliblade peut décoller avec succès, établir un vol stable et contrôlé et fonctionner conformément aux modèles d’ingénierie développés au cours de la dernière décennie». Et de souligner que tous les objectifs de cette campagne d’essais ont été atteints et que les «performances électriques ont également dépassé les attentes».
Quoi qu’il en soit, pour le ministère des Armées, le développement du drone Heliblade, accompagné par l’AID au profit de l’armée de l’Air & de l’Espace, «s’inscrit pleinement dans la déclinaison de la stratégie des armées pour la très haute altitude».
En effet, celui-ci voit plusieurs applications possibles, à commencer par celles ayant trait au renseignement. Cependant, ce drone stratosphérique pourra également être utilisé pour des missions de sécurité, comme la surveillance des feux de forêt ou encore le rétablissement des communications au-dessus de zones sinistrées.