Grâce à l’ONERA, la France se dote d’une capacité de surveillance spatiale unique en Europe
par Laurent Lagneau · 22 juillet 2026

Au regard du nombre de satellites et de débris évoluant autour de la Terre, une capacité de surveillance spatiale est indispensable afin d’éviter des collisions en orbite. Pour cela, la France dispose d’une capacité unique en Europe, avec le radar GRAVES [grand réseau adapté à la veille spatiale] qui, conçu par l’Office national d’études et de recherches aérospatiales [ONERA], est en mesure de détecter et d’identifier les objets observés.
«Réactif, le système [GRAVES] détecte tout changement de situation en moins de vingt-quatre heures», explique l’ONERA. Mis en œuvre depuis par l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] depuis 2005, il sera prochainement remplacé par le radar AURORE, dont le développement a été confié par la Direction générale de l’armement [DGA] à Thales.
«Grâce à ce radar unique en Europe, le Commandement de l’Espace [CDE] détectera et suivra les objets spatiaux depuis le sol à des altitudes plus élevées qu’auparavant, évoluant jusqu’à 2 000 km au-dessus de la terre», explique cette dernière.
Cependant, il ne s’agit plus désormais de suivre seulement les débris spatiaux et les satellites. Comme l’a récemment souligné le général Jérôme Bellanger, le chef d’état-major de l’AAE, la «guerre spatiale a déjà commencé».
«Entre les satellites russes de type «poupée gigogne», les patrouilleurs guetteurs, les brouilleurs ou encore les armes à énergie dirigée qui sont dans l’espace, je peux vous dire que, là-haut, c’est véritablement une guerre spatiale. […] On désorbite des satellites qu’on fait voler en patrouille pour aller agacer les satellites de vos compétiteurs. Ça, c’est une réalité», a-t-il en effet détaillé lors d’une audition parlementaire.
Aussi, il est nécessaire de renforcer les moyens permettant d’assurer une veille spatiale. À cette fin, le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 a prévu une «capacité complémentaire de surveillance et de caractérisation en orbite basse» d’ici 2030, sans donner plus de détails.
Or, ce 22 juillet, l’ONERA a annoncé le lancement du projet PROVIDENCE [pour Plateforme de Recherche en Optique, Vecteur d’Innovation pour la Défense sur la maîtrise et la compréhension de l’ENvironnement et la Caractérisation des objets dans l’Espace]. Il s’agit de développer un télescope de 2,5 mètres, optimisé pour la haute résolution angulaire et la tenue de situation spatiale pour des applications civiles et, surtout, militaires.
Financé par l’ONERA, via les subventions accordées par la DGA et l’Agence de l’innovation de défense [AID], le projet PROVIDENCE bénéficie aussi d’un soutien financier d’environ 8,6 millions d’euros apporté par la Région Sud [ex-Provence-Alpes-Côte d’Azur], via le Fonds européen de développement régional [FEDER].
Devant être opérationnel à l’Observatoire de Haute-Provence au début de l’année 2029, ce télescope de nouvelle génération sera «optimisé pour l’imagerie à très haute performance» et permettra d’identifier et de suivre l’activité des satellites en orbite basse, avec une résolution de 10 cm, à une distance de 500 km.
En outre, précise l’ONERA, il sera aussi doté d’une «optique adaptative pour compenser en temps réel les effets de la turbulence atmosphérique» ainsi que de «foyers pouvant accueillir jusqu’à sept instruments simultanément.» Par la suite, il disposera d’une capacité laser.
Complémentaire des moyens dont dispose déjà le Commandement de l’Espace, le télescope PROVIDENCE sera fabriqué par la société belge AMOS [Advanced Mechanical and Optical Systems], laquelle a été retenue au terme d’une «procédure de sélection internationale».
«Grâce à PROVIDENCE, [nous allons] doter la France et l’Europe d’une nouvelle capacité stratégique spatiale unique. Capable de surveiller, d’identifier et de caractériser l’environnement spatial, ce nouveau moyen, à terme, permettra d’évaluer les impacts et les effets d’actions [cinétiques ou laser] dans l’espace, au profit de la souveraineté française», a résumé Emmanuel Chiva, le directeur de l’ONERA.