Dix pays européens, dont la France, créent une «coalition intégrée» contre la menace des missiles balistiques
par Laurent Lagneau · 15 juillet 2026

Le 13 juillet, à l’issue du sommet de la coalition dites des volontaires, censée apporter des garanties de sécurité à l’Ukraine quand un accord de cessez-le-feu aura été trouvé avec la Russie, dix pays européens ont annoncé la création d’une «coalition intégrée contre les missiles balistiques», avec l’objectif d’établir des «exigences opérationnelles communes», des «groupes de travail techniques conjoints», des «mécanismes de gouvernance clairs» et une «feuille de route» vers de premières capacités opérationnelles.
Parmi les membres de cette nouvelle coalition, on trouve la France, l’Italie, l’Espagne, la Suède, le Danemark, l’Allemagne, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et… l’Ukraine. Cette liste n’est pas figée, d’autres pays étant susceptibles de rejoindre cette structure, pour peu qu’ils en partagent les principes et les objectifs.
Ces dernières années, plusieurs initiatives en matière de défense aérienne ont été lancées en Europe. Ainsi, la Commission européenne, via plusieurs instruments financiers, soutient les projets capacitaires HYDIS [HYpersonic Defense Interceptor Study], HYDEF [European Hypersonic Defence Interceptor] ou encore IMLAMD [Integrated Multi-Layer Air and Missile Defence system].
Au sein de l’Otan, l’Allemagne est à l’origine de l’ESSI [European Sky Shield Initiative], qui vise à mutualiser les achats de capacités de défense aérienne entre les pays participants. Cette initiative a d’ailleurs dépassé le cadre de l’Alliance car elle a été rejointe par des pays comme la Suisse et l’Autriche.
Quoi qu’il en soit, estimant que la «protection de l’Europe nécessite une solution globale», les dix pays membres de cette coalition contre les missiles balistiques se sont donné l’objectif de mettre en place une «architecture intégrée de défense antimissile», grâce à un «effort collectif, à l’ouverture technologique et à une coopération industrielle de confiance».
«En mettant en commun notre base industrielle de défense, notre recherche et notre expérience opérationnelle, notre objectif est de bâtir une capacité partagée contre les missiles balistiques pour l’Europe et de soutenir les activités contributives pertinentes. Cette action n’est orientée contre aucun peuple, mais en défense du nôtre», est-il avancé dans la déclaration qu’ils ont publiée.
Cette «architecture intégrée» contre les menaces balistiques s’appuiera sur les «solutions européennes souveraines déjà acquises» [comme le SAMP/T NG et l’IRIS-T SLM] ainsi que sur de nouvelles capacités qui restent à développer.
Lors de la conférence de presse qu’il a donnée aux côtés de son homologue ukrainien, Volodymyr Zelenski, du chancelier allemand, Friedrich Merz, et du Premier ministre britannique, Keir Starmer, le président Macron a évoqué le projet FREYA [ou FREYJA] qui, «en agrégeant justement les briques capacitaires de nos 8 pays [sic] et de plusieurs de nos industriels, va permettre d’agréger une offre commune et d’accélérer en la matière la protection de l’Ukraine».
Plus précisément, proposé par Kiev, le projet FREYA vise à mettre au point une solution moins coûteuse que les systèmes de défense aérienne Patriot et SAMP/T NG. L’entreprise ukrainienne Fire Point, qui est en train de développer le missile intercepteur FP-7.x en est à l’origine. Plusieurs entreprises européennes, dont Eurosam [Thales et MBDA], Saab ou encore Leonardo vont s’y joindre.
«Notre travail sur un système commun – FREYA – ne vise pas à remplacer les systèmes existants. Il s’agit d’un moyen de renforcer notre défense, de créer un bouclier solide sur l’ensemble de l’Europe, et de réaliser tout cela plus rapidement et à moindre coût», a résumé M. Zelenski. Pour le chancelier allemand, ce projet «aidera également nos industries de défense européennes à collaborer encore plus étroitement et à apprendre les unes des autres».
Justement, le 14 juillet, cinq entreprises européennes, à savoir Airbus Defence & Space, MBDA Deutschland, Thales, Safran Electronics & Defense et Destinus, ont signé une lettre d’intention en vue de créer le consortium Bliksem EXO. Et cela avec l’objectif de développer un intercepteur exo-atmosphérique «souverain» pour contrer les missiles balistiques de moyenne portée et de portée intermédiaire, comme l’Orechnik russe.
Dans le détail, MBDA Deutschland sera chargé de fournir les composants clefs du missile intercepteur tandis que Safran Electronics & Defense développera les capteurs et le système de guidage. Le système de commandement, de contrôle et de gestion des opérations [BMC4I] relèvera d’Airbus Defence & Space, Destinus devant assurer l’intégration du système. Enfin, l’ensemble fonctionnera avec des radars conçus par Thales.
Un accord «contraignant» devrait être signé par ces cinq industriels dans les trois mois à venir, un premier essai du système qu’ils se proposent de développer étant prévu en 2027.