Grâce aux roquettes de 68 mm, le Rafale a désormais une capacité de «lutte antidrone sur avion de combat»

par Laurent Lagneau · 13 juillet 2026

Lors d’une audition parlementaire, en octobre dernier, le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace [CEMAAE], le général Jérôme Bellanger, avait insisté sur la nécessité de permettre au Rafale et/ou au Mirage 2000D RMV d’emporter des munitions à bas coût pour abattre des drones aériens «kamikazes», comme le Shahed-136 iranien ou le Geran-22 russe, utilisés pour mener des attaques de saturantes.

«Concernant la lutte antidrone [LAD] depuis les airs, il n’est pas soutenable d’utiliser des [missiles air-air] MICA à plus d’un million d’euros pour abattre un drone à quelques milliers de dollars. […] Nous devons développer nos capacités de tir à bas coût ou adapter nos conduites de tir canon», avait en effet soutenu le CEMAAE. «Il existe des solutions sur étagère, des roquettes laser qu’on pourrait très bien installer sous des Mirage 2000 ou sous des Rafale», avait-il ajouté, avant d’estimer qu’il faudrait sans doute «accepter d’installer autre chose que des missiles ‘made in France’ sous nos avions.

L’US Air Force avait alors un temps d’avance puisqu’elle avait intégré des roquettes à guidage laser APKWS II à ses avions de combat F-15, A-10 et F-16 pour abattre les drones lancée par les rebelles houthistes depuis le Yémen lors de l’opération Rough Rider, en mars 2025.

Quoi qu’il en soit, l’engagement des Rafale français pour protéger l’espace aérien des Émirats arabes unis contre les attaques iraniennes lancées en riposte des opérations «Fureur épique» et «Rugissement du lion», lancées respectivement par les États-Unis et Israël le 28 février dernier, a accéléré le développement capacitaire souhaité par le général Bellanger. Pour rappel, plusieurs dizaines de missiles MICA IR/EM avaient été «consommés» en l’espace de quelques semaines.

En effet, devant les députés, le 15 avril, le Délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux, fit savoir qu’une étude était en cours pour doter le Rafale de paniers à roquettes. «Roquettes qui sont notamment fabriquées par Thales et qui sont évidemment moins chères que les MICA», avait-il dit, avant de préciser que cette nouvelle capacité allait être disponible «dès cet été».

Cette échéance a été respectée puisque, ce 13 juillet, la Direction générale de l’armement [DGA] s’est félicitée du «succès des essais d’intégration des roquettes guidées laser sur Rafale pour la lutte antidrone».

«Conduits […] en étroite collaboration avec le Centre d’expertise aérienne militaire [CEAM] de l’armée de l’Air & de l’Espace, avec le concours de Dassault Aviation et de Thales, ces essais avaient pour objectif de valider en vol l’efficacité de la nouvelle capacité de Lutte antidrone sur avion de combat [LADAC] développée au profit des avions Rafale des forces françaises», a précisé la DGA, qui en assuré le pilotage.

Le développement de cette capacité LADAC a été lancé le 31 décembre dernier avec la notification, dans le cadre d’une «Urgence Opération », d’un contrat à Dassault Aviation et à Thales.

Les essais, menés sous l’égide de la DGA, ont commencé dès février. «Il s’agissait d’adapter les capteurs du Rafale à la conduite de tir de roquettes» de 68 mm et de «tester notamment les différentes fonctions sollicitées pour cette capacité de lutte antidrone», à savoir la détection par le radar RBE2, la poursuite par la nacelle Talios, la désignation laser, l’emport du lanceur TELSON 12 JF dans le domaine de vol de l’avion, le tir des roquettes et leur guidage laser jusqu’à leur cible.

Plusieurs centres d’essais et d’expertise de la DGA ont été mobilisés pour mettre au point la capacité LADAC du Rafale, dont DGA Essais en Vol, DGA Maîtrise de l’information pour la configuration air-air de la nacelle TALIOS, DGA Techniques Aérospatiale pour la qualification en environnement électromagnétique des paniers lance-roquettes, DGA Ingénierie et projets et DGA Techniques terrestres, ces deux derniers étant «garants des performances globales du système LADAC et de sa conformité vis-à-vis du besoin opérationnel».

L’armée de l’Air & de l’Espace disposera d’une première capacité opérationnelle d’ici la fin de ce mois. «Les livraisons des matériels commandés [paniers lance-roquettes, roquettes guidées et nacelles de désignation laser TALIOS dotées du mode LADAC] débuteront concomitamment dès juillet 2026», a en effet assuré la DGA.

Reste à voir si la conduite de tir «canon» du Rafale a aussi été adaptée, un contrat ayant aussi été notifié à Dassault Aviation à cette fin. «Pour ‘descendre’ un Shahed au canon, il faut s’en rapprocher. Ce n’est pas un sport de masse, c’est quand même assez risqué. Quand on est très très près du Shahed, il y a un effet de parallaxe» qu’il faut réduire, avait en effet expliqué M. Pailloux aux députés.