L’Institut de Saint-Louis se félicite de la réussite du premier tir de son canon électromagnétique en champ libre
par Laurent Lagneau · 10 juillet 2026urent Lagneau · 10 juillet 2026

En Europe, l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis [ISL] est à la pointe des travaux portant sur le développement d’un canon électromagnétique [ou «railgun»], une arme dont plusieurs pays cherchent à se doter, comme les États-Unis, la Chine ou encore le Japon où les travaux dans ce domaine sont, a priori, les plus aboutis à l’heure actuelle.
Un canon électromagnétique offre au moins trois avantages : théoriquement, il permet d’atteindre une cible depuis une distance de sécurité à un coût nettement inférieur à celui d’un missile tout en réduisant les risques liés au stockage d’explosifs, notamment à bord d’un navire.
Mais, pour cela, il faut parvenir à faire circuler un courant de très forte intensité, couplé à un champ magnétique, entre deux rails conducteurs d’électricité. La force de Laplace, résultante de celle de Lorenz, fait le reste : un objet placé entre ces derniers subit une accélération si forte qu’il est éjecté de ce «railgun» à une vitesse d’au moins cinq fois la vitesse du son. D’où les défis technologiques qu’il faut relever, notamment en matière d’énergie [il faut en produire beaucoup dans un laps de temps très court], de matériaux, pour tenir compte des contraintes mécaniques qui s’exercent sur une telle arme, et de guidage du projectile.
Quoi qu’il en soit, en 2020, la Commission européenne avait retenu l’ISL pour coordonner le projet PILUM [Projectiles for Increased Long-range effects Using ElectroMagnetic railgun], financé au titre de l’initiative PADR [Action préparatoire sur la recherche en matière de défense]. L’objectif était de paver la voie à un concept de canon électromagnétique capable de tirer des «projectiles hypervéloces, avec précision et sur une distance de plusieurs centaines de kilomètres. L’enjeu était d’atteindre un «potentiel suffisant pour créer une rupture technologique dans l’appui d’artillerie à longue distance».
Par la suite, le projet THEMA [pour TecHnology for Electro-Magnetic Artillery], coordonné par KNDS, prit la suite. Là, l’objectif était de «faire mûrir les composants critiques» d’un canon électromagnétique d’une portée d’une trentaine de kilomètres afin de «compléter» les systèmes de défense aérienne.
Dans le même, en France, la Direction générale de l’armement [DGA] dévoila un projet visant à mettre au point un canon électromagnétique, d’une portée de 200 km, au profit de la Marine nationale. Et cela en se basant sur les travaux de l’ISL.
Ces dernières années, l’institut franco-allemand a développé le «lanceur électromagnétique» PEGASUS ainsi que le canon RAFIRA, censé tirer des salves de projectiles de 25 mm, avec des accélérations de plus de 100 000 G. Et il vient de franchir une nouvelle étape dans ses travaux, avec le tir réussi d’un «canon à rails» réalisé sur le site d’essais de Baldersheim, situé dans la banlieue de Mulhouse [Alsace].
«Le test avec l’installation de vol libre s’inscrit dans le cadre du projet Canon à rails en vol libre […], lancé il y a deux ans, qui s’appuie sur plusieurs décennies de recherche fondamentale de l’Institut en accélération électromagnétique», a précisé l’ISL, via un communiqué diffusé le 9 juillet.
«Sur son terrain d’expériences balistiques, l’ISL pourra à l’avenir, en augmentant l’énergie électrique utilisée, allonger la distance de vol libre des projectiles jusqu’à 1 km. Cela contribuera de manière décisive au succès des types de munitions développés à cet effet par l’Institut. Ce terrain d’expériences en extérieur s’inscrit dans un environnement métrologique de très haut niveau, un puissant levier pour les améliorations futures du système global [alimentation en énergie – canon à rails – projectile]», a-t-il ajouté.
Le canon électromagnétique sur lequel l’ISL travaille est a priori destiné à la défense aérienne. Du moins, c’est ce qu’il a suggéré en expliquant qu’il serait susceptible d’offrir une «alternative aux systèmes cinétiques existants» et qu’il pourrait contribuer à contrer les menaces hypersoniques. Toutefois, la route est encore longue avant de pouvoir disposer d’une solution pleinement opérationnelle. «D’importants travaux de recherche, de tests et de qualification restent nécessaires», a-t-il souligné.

En attendant, a fait valoir Christian de Villemagne, le directeur français de l’ISL, ce canon électromagnétique a «quitté le laboratoire» et «s’engage sur la voie des applications futures». Et d’y voir une «étape importante non seulement pour l’institut mais aussi pour la recherche de défense européenne dans son ensemble».