À nouveau, la Royal Navy ne peut envoyer aucun de ses sous-marins nucléaires d’attaque en mission
par Laurent Lagneau · 28 juin 2026

Depuis 2022, la Royal Navy n’a pas été en mesure de déployer le moindre de ses sous-marins nucléaires d’attaque [classes Astute et Trafalgar] en mission pendant une période plus ou moins longue à au moins à deux reprises, alors que, selon son contrat opérationnel, elle est censée en posséder sept unités. Dans les faits, elle n’en compte actuellement que six.
En octobre dernier, pour améliorer la disponibilité des SNA, le commandant de la Royal Navy, le général Gwyn Jenkins [issu des Royal Marines, ndlr], ordonna l’élaboration d’un plan visant à réorganiser le maintien en condition opérationnelle [MCO] de la flotte en 100 jours.
Selon le site spécialisé Defence Eye, il avait insisté sur la «réduction de la bureaucratie pour accélérer la mise en œuvre des projets» et l’élimination des «processus inutiles» affectant la préparation opérationnelle de la Royal Navy et de la Royal Fleet Auxiliary. Et cela en sachant que les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de la classe Vanguard, également affectés par des problèmes de disponibilité [du moins, c’est ce que suggère la longueur de leurs patrouilles] allait être toujours prioritaires.
Plus de six mois après, la situation des SNA britanniques ne s’est guère améliorée, ce plan de 100 jours étant loin d’avoir produit les effets escomptés. Et pour cause : outre la difficulté à réduire la bureaucratie et l’aversion au risque, il ne pouvait s’attaquer aux autres racines du mal : infrastructures dédiées sous-dimensionnées, comme celles de la base de Devonport, seule habilitée à effectuer des travaux sur des navires à propulsion nucléaire, pénurie d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers spécialisés, difficultés d’approvisionnement en pièces détachées, outillages obsolètes, etc.
Sans une enveloppe budgétaire «massive», que le ministère britannique de la Défense [MoD] a promis de débloquer dès que le Plan d’investissement dans la défense [PID] sera dévoilé [cela fait un an qu’il aurait dû l’être…], la situation n’a que très peu de chances d’évoluer dans le bon sens. D’ailleurs, selon des renseignements en sources ouvertes analysés par le site Navy Lookout, une fois encore, aucun des SNA de la classe Astute que la Royal Navy possède n’est en mission actuellement… alors que l’activité des sous-marins russes, notamment dans le passage dit GIUK [Groenland, Islande et Royaume-Uni] demeure importante.
Ainsi, le HMS Agamemnon a été admis au service actif en septembre dernier sans avoir été déclaré opérationnel. Et pour cause : il n’a pas encore effectué ses essais à la mer. En février, ayant dû écourter sa mission en Australie à cause de la crise au Moyen-Orient, le HMS Anson est arrivé à Devonport le 27 mai… et non à Faslane. Ce qui suggère qu’il devra faire l’objet de travaux de maintenance importants. «On ignore s’il est en attente d’une entrée en cale sèche», avance Navy Lookout.
Justement, le HMS Audacious vient de sortir de cale sèche, après y avoir passé environ dix-huit mois… alors qu’il se trouvait à Devonport depuis avril 2023. Reste maintenant à voir quand il reprendra son cycle opérationnel, la Royal Navy n’ayant donné aucune indication à ce sujet.
Quoi qu’il en soit, la cale sèche libérée par le HMS Audacious va être bientôt occupée par le HMS Astute, qui, à Devonport depuis un an, attend le début du chantier de sa rénovation à mi-vie [MLRP – Mid Life Re-Validation Period]. Autant dire qu’il n’est pas près de revoir la mer.
En tout, le HMS Artful ne l’a plus revue depuis trois ans. Se trouvant actuellement à Faslane, il pourrait prochainement repartir en mission. Le conditionnel est de rigueur car il n’y a aucune confirmation pour le moment.
Mais c’est sans doute la situation du HMS Ambush qui est la plus délicate. Ayant effectué sa dernière patrouille en 2022, il aurait été, selon Navy Lookout, partiellement «cannibalisé» pour fournir des pièces détachées aux autres SNA.
Enfin, le septième SNA de la classe Astute, le HMS Achilles est actuellement en «phase de construction avancée». Mais la date de sa mise en service est sans cesse repoussée. Elle est même désormais confidentielle. A priori, il aurait été endommagé lors de l’incendie survenu au chantier naval de Barrow-in-Furness, en octobre 2024
Un tel tableau est «catastrophique» d’un point de vue opérationnel et stratégique», résume le site britannique. «Les moyens de défense conventionnels les plus puissants du Royaume-Uni, d’un coût de plusieurs milliards de livres sterling, sont immobilisés, incapables d’exercer une quelconque dissuasion alors même que l’activité sous-marine russe s’intensifie», insiste-t-il.
Cette situation a des implications plus larges. Outre l’aspect opérationnel, qui contraint probablement la Royal Navy à s’en remettre à ses partenaires pour assurer la protection du porte-avions HMS Prince of Wales lors de son déploiement dans la Grand Nord ainsi que celle de ses SNLE au moment de leur départ en patrouille, les équipages des SNA ne peuvent pas s’entraîner comme ils le devraient, ce qui se traduira immanquablement par des pertes de compétences. En outre, l’image du Royaume-Uni est écornée, sa fiabilité en tant qu’allié étant susceptible d’être interrogée, notamment à la lumière du pacte AUKUS.