Le missile nucléaire russe Burevestnik relâcherait des particules radioactives dans l’air, alertent des scientifiques

Article de Océane Letouzé

Plus le missile nucléaire russe Burevestnik vole longtemps, plus il rejette de déchets radioactifs dans l'atmosphère.

Plus le missile nucléaire russe Burevestnik vole longtemps, plus il rejette de déchets radioactifs dans l’atmosphère.© Pexels

Deux scientifiques ont récemment découvert que le missile nucléaire russe Burevestnik laisserait vraisemblablement des résidus radioactifs dans son sillage, ce qui le rendrait encore plus dangereux qu’il ne l’était déjà.

Le missile de croisière russe Burevestnik pourrait être encore plus dangereux qu’on ne le pensait jusqu’à présent. C’est en tout cas la conclusion à laquelle sont parvenus Jake Hecla et R. Scott Kemp, deux chercheurs du Massachusetts Institute of Technology après avoir mené une analyse détaillée de cette arme dévoilée par le président russe Vladimir Poutine en 2018. Selon eux, le système de propulsion utilisé par ce missile, également connu de l’OTAN sous le nom de SSC-X-9 Skyfall, rejetterait des résidus radioactifs dans l’atmosphère.

Comme le souligne le média américain spécialisé dans la défense et l’armement The War Zone, peu de temps après la présentation du Burevestnik, l’organisation environnementale norvégienne Bellona avait avancé l’hypothèse qu’un pic de radioactivité, observé dans l’Arctique cet hiver-là, puisse être lié à un essai du missile. En 2019, une explosion s’était également produite à bord d’une barge en mer Blanche, au large de Nénoksa, faisant cinq morts. L’accident avait provoqué un pic de radioactivité dans la ville russe de Severodvinsk et avait été attribué à un réacteur du Burevestnik récupéré en mer. Autant d’événements qui illustrent la dangerosité de cette arme de défense.

Le mode de propulsion du missile russe Burevestnik intrigue les scientifiques

En octobre dernier, le chef d’état-major des forces armées russes, Valery Gerasimov, a annoncé le succès d’un essai du missile Burevestnik, mené bien au-delà du cercle polaire arctique. Il a également précisé que sa durée de vol de 15 heures « ne constitue pas la limite maximale » du missile. À la suite de ces déclarations, des chercheurs se sont interrogés sur la manière dont l’énergie du réacteur nucléaire est convertie en énergie propulsive afin de maintenir le missile en vol.

Après avoir étudié le projet en détail, ils ont conclu que la taille, la forme et les performances du Burevestnik suggèrent un système de propulsion différent de celui envisagé dans le cadre du projet Pluto. Pour rappel, le concept américain reposait sur un statoréacteur, indispensable pour garantir des performances supersoniques dans l’atmosphère. Selon eux, le Burevestnik utiliserait « avec une quasi-certitude » un système de propulsion nucléaire à cycle direct et à respiration atmosphérique, actionnant un turboréacteur.

Une approche qui diffère totalement de la plupart des réacteurs nucléaires, qui utilisent une conception indirecte en circuit fermé. Bien qu’une conception en boucle indirecte ne soit pas impossible, les experts estiment qu’elle est hautement improbable, pour la simple raison que ces systèmes sont considérablement plus grands, plus lourds et plus complexes et ne pourraient pas être intégrés dans ce qui n’est en aucun cas un missile de grande taille. Ce qui signifie que le Burevestnik est probablement propulsé par de l’air chaud aspiré directement à travers le cœur du réacteur.

Des particules radioactives relâchées dans l’environnement par le Burevestnik

Cette méthode de propulsion présente néanmoins un inconvénient majeur. « Le cycle direct risque fort de produire une grande quantité de matières radioactives dans les gaz d’échappement », explique Jake Hecla. Selon les scientifiques, lorsque l’air atmosphérique traverse les minuscules tubes du réacteur, il serait irradié et chargé de produits de fission issus du combustible nucléaire.

L’air chaud expulsé par le turboréacteur contiendrait ainsi des isotopes radioactifs d’argon, de krypton et de carbone, qui seraient dispersés dans son sillage. Dès lors, plus le missile vole longtemps, plus il rejetterait de déchets radioactifs dans l’atmosphère et à la surface terrestre. Un autre problème a également été soulevé par les chercheurs. Ils estiment que tout vol prolongé risque d’entraîner la corrosion du cœur du réacteur, sous l’effet combiné de la chaleur et de l’air comprimé, ce qui générerait encore plus de particules radioactives.