Le char AMX-30B pourrait revenir en service sous la forme d’un robot terrestre de combat, armé d’un canon de 25 mm

par Laurent Lagneau · 18 juin 2026

Comme la mécanisation en son temps, la robotisation des capacités terrestres est désormais un impératif. En tout cas, le Commandement du combat futur de l’armée de Terre [CCFAT] en est convaincu… et les récents événements observés en Ukraine, où de plus en plus de missions sont confiées à des systèmes robotisés, vont dans ce sens.

D’où l’intérêt du défi CoHoMa [Collaboration Homme-Machine], qui, organisé sous l’égide du CCF, vise à explorer les fondamentaux de la robotique tactique, de la création de la section Vulcain ou encore du projet Pendragon, dont l’objectif est de développer une unité de combat entièrement robotisée.

L’un des enjeux de cette robotisation, outre celui de ne pas exposer les combattants au danger [feu ennemi, mines, etc.], est de gagner de la «masse», en déployant, par exemple, des robots terrestres [ou UGV] dédiés à l’appui-feu.

En Ukraine, «les robots d’agression sont pour l’instant minoritaires», avait relevé le CFAT, dans sa revue «Combats Futurs», publiée l’an passé. Ces derniers entrent dans deux catégories principales : appui-feu et kamikaze.

«Les premiers sont le plus souvent équipés de mitrailleuses, comme le TerMit. Les seconds sont des systèmes plus artisanaux, mais très utiles pour neutraliser des postes de combat enterrés, les défenses passives de ces derniers étant davantage orientées vers la menace drones», avait décrit le CFAT.

Reste que, de par leur configuration et leur masse, ces UGV ont parfois des difficultés à se mouvoir sur un champ de bataille précédemment «travaillé» par l’artillerie. «Ce que nous disent les Ukrainiens, c’est qu’ils se retournent assez régulièrement», avait expliqué le général Vincent Breton, le commandant du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations [CICDE], lors d’un exposé sur le retour d’expérience [RETEX] de la guerre en Ukraine, en juin 2025.

Aussi, le projet «Refurbot», porté par la PME S2M Equipment, avec l’appui de KNDS France [via sa filiale KNDS Robotics] et d’OBSAM, pourrait d’autant plus intéresser l’armée de Terre que, selon la lettre quotidienne du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory, il est le fruit d’échanges avec le 1er Régiment de Hussards Parachutistes [RHP], lequel s’interrogeait sur les moyens d’obtenir des capacités robotisées «lourdes» à partir de plateformes anciennes ou retirées du service.

L’un de ces moyens consiste à «droniser» un char de combat déclassé, comme l’AMX-30B2. Telle est en effet la solution proposée par S2M Equipement et KNDS Robotics.

Développé à l’arrêt d’une coopération franco-allemande sur un nouveau char «européen» et mis en service en 1967, l’AMX-30 a été construit à 3 571 exemplaires [en tenant compte des versions dérivées], dont 1 355 furent livrés à l’armée de Terre, qui en a gardé quelques unités.

Le démantèlement de ces AMX-30 est assuré, depuis 2015, par la 12e Base de soutien du Matériel, à raison de cinquante par an. Quelques AMX-30B2 portés au standard «Brenus» dans les années 1990 seraient encore stockés. Ceux-ci se distinguent notamment par leur système de blindage réactif GIAT BS G2.

Le projet «Refurbot» va-t-il donner une seconde vie aux AMX-30B2 qui n’ont pas encore été démilitarisé ? Selon S2M Equipment, il «suscite beaucoup d’intérêt, tant en France qu’à l’étranger» car, au-delà de la plateforme, il consiste d’abord à «rétrofiter» un char avant de le recycler en robot terrestre. En clair, ce concept peut aussi s’appliquer aux Leopard 1A5.

Le prototype présenté lors d’EuroSatory est équipé du module de robotique «Toxo», d’un dispositif permettant de contrôler le châssis et de capteurs optroniques. La tourelle de 105 mm a cédé la place à un système d’arme téléopéré ARX-25 de 25 mm à double alimentation. Enfin, pour améliorer la «connaissance de la situation», un drone aérien captif complète son équipement.

«La solution Refurbot […] combine un châssis ‘libre’ qui conserve une très grande mobilité grâce à la réduction de poids obtenue par la suppression de la tourelle lourde, ainsi qu’une bonne protection, et un système d’armes moderne offrant de nouvelles capacités opérationnelles», résume la lettre d’EuroSatory. Et d’ajouter : «S2M et KNDS travaillent ensemble pour concrétiser cette idée et la tester avec les forces françaises.»

Dernier point qui a son importance : celui du maintien en condition opérationnelle [MCO]. «L’AMX-30 est un bel exemple de ce qu’on peut faire en matière de gestion des obsolescences. […] Il est ‘maintenable’ à 100 %», a assuré Nathalie Barat Vandamme, la PDG d’OBSAM. Avec l’aide de KNDS France, bien sûr, mais aussi grâce à de «nouveaux fournisseurs» capables de produire d’anciennes pièces

Pour KNDS France, il s’agit désormais de démontrer la pertinence de ce concept en participant à des évaluations tactiques [EVTA] et au défi CoHoMa ou encore en «faisant vivre» l’esprit Pendragon.

Un AMX-30 robotisé n’aurait rien d’incongru. Avant lui, l’armée de Terre a recyclé ses vieux canons antiaériens de 20 mm montés sur affût tracté 53T2 en les associant à une caméra thermique SANDRA [Système d’arme Alternant les visions Nocturne et Diurne pour la Recherche d’Aéronefs], à un ordinateur et à une conduite de tir dotée d’une intelligence artificielle pour en faire des systèmes de lutte antidrone.