Flotte fantôme : le pétrolier DF Peak toujours immobilisé à la Réunion

Caroline Britz – 22/10/2026

© État-Major Des Armées

La Marine nationale a arraisonné le pétrolier DF Peak le 12 octobre, au sud de La Réunion. Il reste au mouillage en baie de La Possession. Son commandant, un temps placé en garde à vue, a regagné le bord, et l’enquête se poursuit.

Escorté depuis la zone d’interception, à environ 450 milles au sud de l’île, le DF Peak a rejoint le 15 octobre la baie de La Possession, au nord-ouest de La Réunion. Le jour même, les enquêteurs ont perquisitionné le navire et placé son commandant, de nationalité chinoise, en garde à vue. Le parquet de Saint-Denis lui reproche de ne pas avoir pu justifier la nationalité du navire. Le pétrolier se déclarait immatriculé au Bénin, mais ce pavillon s’est révélé irrégulier. Au regard du droit de la mer, le DF Peak est donc un navire sans nationalité. Infraction pour laquelle le commandant encourt deux ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende, et le navire peut être confisqué.

Dès le lendemain, le 16 octobre, la procureure de Saint-Denis a annoncé la levée de la garde à vue. Le commandant est retourné à bord, où se trouvent toujours vingt membres d’équipage indonésiens, birmans et chinois. Le parquet a levé les restrictions sur leurs déplacements. Le navire reste toutefois sous immobilisation administrative le temps des investigations. Aucune décision n’a été rendue publique à ce jour, ni sur d’éventuelles poursuites, ni sur le sort du pétrolier.

Construit en 2006, le DF Peak s’appelait Kaliningrad jusqu’en 2024. L’armateur public russe Sovcomflot l’a exploité jusqu’en 2022. Le navire est ensuite passé sous le contrôle de structures basées à Dubaï, puis à Hong Kong. Il figure sur les listes de sanctions des États-Unis, de l’Union européenne, du Royaume-Uni, de la Suisse, du Canada et de l’Ukraine.

Moscou a vivement réagi sur le plan diplomatique. L’ambassade de Russie en France a dénoncé une violation du droit international et assuré ne pas avoir été informée de l’opération. Paris invoque de son côté le droit de visite que la convention des Nations unies sur le droit de la mer prévoit pour les navires sans pavillon. Selon le Conseil de l’UE, plus de 670 navires de la flotte fantôme russe étaient visés par des restrictions européennes en juillet 2026.

Avant le DF Peak, la France a déjà procédé à cinq interceptions de pétroliers soupçonnés d’appartenir à la flotte fantôme permettant à la Russie d’écouler ses hydrocarbures en contournant les sanctions internationales. Il y a d’abord eu le Boracay dans le golfe de Gascogne en septembre 2025, puis le Grinch et le Deyna en Méditerranée en janvier et mars 2026, ainsi que le Tagor en Atlantique en mai 2026 et le Deliver en Méditerranée en juin 2026.