La Norvège prépare la montée en puissance de sa flotte

© Forsvaret
Nouvelles frégates, nouveaux sous-marins et jusqu’à 28 navires standardisés : la marine norvégienne engage un renouvellement de grande ampleur. Mer et Marine s’est rendu à Haakonsvern, la principale base navale du pays qui se prépare à accueillir ces nouveaux bâtiments.
La base navale de Haakonsvern, près de Bergen, est en chantier. En service depuis 1964 et plus grande base navale d’Europe du Nord, elle se prépare à accueillir, dans les cinq prochaines années, les futures frégates de type 26 et les nouveaux sous-marins 212CD. Ses effectifs, d’environ 4 000 personnes aujourd’hui, doivent atteindre 6 000. Beaucoup de travaux, beaucoup d’activité, « à l’image de ce que nous vivons en ce moment », résume le commandant Jan Olav Stamnes. La marine norvégienne va recevoir pas moins de trois nouveaux programmes de navires dans les années à venir. Un véritable changement de rythme et de paradigme pour le royaume scandinave.
Ces programmes découlent du plan de défense à long terme présenté en avril 2024, équivalent norvégien d’une loi de programmation militaire. Le gouvernement y voyait alors « un effort historique » : environ 1 600 milliards de couronnes sur douze ans, soit près de 140 milliards d’euros au taux de l’époque. La marine en représente « 40 % », rappelle Jan Olav Stamnes, soit quelque 650 milliards de couronnes.
Pour mémoire, les frégates de type 26 ont été choisies en août 2025 : la Norvège en achètera au moins cinq au Royaume-Uni, pour environ 10 milliards de livres, le plus gros investissement de défense de son histoire. Construites par BAE Systems à Glasgow et identiques à celles de la Royal Navy, elles doivent être livrées à partir de 2030 et remplaceront les frégates de la classe Fridtjof Nansen. 
© Bae Systems
Les sous-marins 212CD, développés avec l’Allemagne et construits par TKMS, remplaceront quant à eux les six sous-marins de la classe Ula. La Norvège en a commandé six, un de plus que ne le prévoyait le plan de 2024, et l’Allemagne autant. Le premier sous-marin norvégien doit être livré en 2029. Un bâtiment est en construction sur la base pour accueillir les futurs sous-marins. Leur maintenance sera répartie entre Bergen, Kiel et Wismar, et potentiellement deux bases au Canada, qui a lui aussi retenu en juillet le modèle allemand pour renouveler sa propre flotte. À terme, 18 à 24 sous-marins de cette classe pourraient opérer dans l’Atlantique Nord.
© Tkms
Le troisième volet de ce renouvellement concerne la flotte de surface. Le programme P1118 prévoit jusqu’à 28 navires standardisés : dix de 100 mètres destinés à la navigation hauturière et dix-huit de 60 mètres pour les missions côtières, chacun décliné en version marine et garde-côtes. Ils remplaceront à terme une vingtaine de bâtiments, dont les corvettes Skjold, les chasseurs de mines Oksøy/Alta et les patrouilleurs Nornen et Barentshav. « Nous passons de sept classes de navires à une seule », résume Kristoffer Pettersen, coordinateur général du projet pour la marine. Ces navires formeront « l’ossature et le gros de la marine norvégienne », ajoute Arnstein Kløvrud, chef du projet à Forsvarsmateriell, l’agence norvégienne du matériel de défense.
« L’idée est d’avoir des navires aussi civils que possible, ce qui permettra aussi de faire appel aux compétences des chantiers locaux, poursuit-il. L’ambition est d’établir un standard qui pourrait également intéresser nos alliés. » Le Royaume-Uni et la Lituanie ont déjà été cités comme partenaires potentiels. La marine attend de ces navires « l’interopérabilité, la flexibilité, et de meilleures performances opérationnelles et techniques ».
© Kongsberg Defence & Aerospace – Salt
Les navires disposeront de moyens d’autoprotection et recevront des modules conteneurisés selon leurs missions : missiles NSM, mines, guerre des mines, défense antiaérienne, lutte anti-sous-marine, drones et lutte anti-drones, ou encore embarquement de commandos côtiers. Ils pourront aussi mettre en œuvre des systèmes sans équipage, et le concept intègre un jumeau numérique. « Ce que nous voulons, c’est que les bateaux puissent changer de mission rapidement. Ils doivent donc pouvoir être reconfigurés à quai en quelques jours », précise Kristoffer Pettersen.
La standardisation doit rendre les équipages et les pièces de rechange interchangeables, et réduire les coûts d’acquisition et d’exploitation. Aucune refonte à mi-vie n’est prévue : les navires seront mis à niveau au fil des besoins.
Le programme avance vite. Le 30 mars 2026, Forsvarsmateriell a confié la conception des navires au consortium Salt & KDA, qui réunit le bureau d’études norvégien Salt Ship Design et Kongsberg Defence & Aerospace. Les futurs navires devraient s’inspirer de la famille Vanguard, un concept de navires multirôles et modulaires, fondé sur des méthodes de construction civiles, présenté par les deux partenaires en 2019. Le design de référence est attendu d’ici la fin de l’année.
La construction fera l’objet d’une compétition distincte, réservée aux chantiers norvégiens. Selon le calendrier présenté, la compétition doit être lancée en octobre, suivie de la présélection des chantiers. L’appel d’offres est prévu au quatrième trimestre 2026, la réception des offres au premier trimestre 2027 et la signature du contrat de construction au troisième trimestre 2027. « Ce sera un chantier, peut-être deux », indique Arnstein Kløvrud. Et le temps presse : « L’agenda est strict, nous devons avoir les premiers navires en 2030. »