L’homme qui navigua jusqu’au bout du monde
Imaginez partir vers un endroit dont presque personne ne connaît les côtes.
Pas de GPS. Pas de moteur. Pas de radio. Pas de prévisions météo.
Devant vous : des milliers de kilomètres d’océan et, quelque part au sud, un continent de glace.
C’est pourtant ce que décide d’affronter Jules Dumont d’Urville.
Né en Normandie en 1790, officier de marine, scientifique et explorateur, il appartient à cette génération d’hommes pour qui les espaces blancs sur les cartes ne sont pas des limites, mais des invitations.
Il parcourt le Pacifique, explore la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Guinée et de nombreuses îles d’Océanie. Il cartographie, observe, collecte des plantes et des animaux et rapporte en France une masse considérable de connaissances scientifiques.
Mais son plus grand défi se trouve encore plus au sud.
Face aux glaces
En 1837, Dumont d’Urville quitte Toulon à la tête de deux corvettes : L’Astrolabe et La Zélée.
Objectif : l’Antarctique.
Ce qui ressemble aujourd’hui à une expédition scientifique est alors une aventure aux limites du possible.
Les navires sont en bois et à voiles. Les cartes sont incomplètes. Les glaces peuvent broyer une coque. Les tempêtes peuvent faire disparaître un bâtiment sans laisser de trace.
En 1838, les deux navires se retrouvent prisonniers de la banquise.
Pendant plusieurs jours, les équipages luttent pour se dégager.
Puis vient un ennemi plus terrible encore : le scorbut.
Les hommes tombent malades. Dumont d’Urville doit finalement ordonner la retraite.
Il aurait pu considérer l’expérience comme terminée.
Il ne le fait pas.
Il revient
Après avoir parcouru une immense partie du Pacifique, Dumont d’Urville repart vers le sud.
En janvier 1840, L’Astrolabe et La Zélée retournent dans les eaux antarctiques.
Le 20 janvier, des hommes de l’expédition débarquent sur un îlot rocheux au large d’une terre glacée encore inconnue des Européens.
Dumont d’Urville lui donne un nom : Terre Adélie.
Adèle est le prénom de sa femme.
Sur cette côte située à près de 17 000 kilomètres de la France flotte désormais le drapeau français.
Explorer pour comprendre
Dumont d’Urville n’est pourtant pas seulement un aventurier.
C’est aussi un homme de science.
Ses expéditions permettent de cartographier des territoires, d’étudier les populations rencontrées et de rapporter des milliers d’observations et de spécimens naturels.
Lorsqu’il revient finalement à Toulon en novembre 1840, il est épuisé et physiquement méconnaissable.
L’expédition a duré plus de trois ans.
Elle a aussi coûté des vies.
Mais elle a considérablement agrandi la connaissance que les hommes avaient alors du monde.
Dumont d’Urville est élevé au rang de contre-amiral.
Deux ans plus tard, en 1842, il meurt avec son épouse et son fils dans la catastrophe ferroviaire de Meudon.
Il a 51 ans.
Son nom est toujours en Antarctique
Près de deux siècles plus tard, la France est toujours présente sur cette terre qu’il avait atteinte.
La principale base scientifique française de Terre Adélie porte son nom : la base Dumont-d’Urville.
Des chercheurs français y étudient aujourd’hui le climat, l’atmosphère, les océans et la vie dans l’un des environnements les plus hostiles de la planète.
Voilà peut-être le plus bel héritage de Dumont d’Urville.
Il n’est pas allé au bout du monde simplement pour planter un drapeau.
Il y est allé pour découvrir, comprendre et transmettre.
À une époque où une carte du monde tient dans un téléphone, il est difficile d’imaginer ce que signifiait partir vers l’inconnu sur un navire en bois.
Dumont d’Urville nous rappelle que les grandes découvertes commencent souvent de la même manière :
quelqu’un accepte d’aller là où les autres pensent qu’il n’y a plus de chemin.
« Le courage commence parfois là où la carte s’arrête. »

