Louis Boutan (1859-1934)
L’homme qui emporta un appareil photo sous la mer
Aujourd’hui, un adolescent peut mettre une caméra étanche dans sa poche, plonger et publier ses images quelques minutes plus tard.
En 1893, photographier sous l’eau semblait presque impossible.
Un Français décida pourtant de le faire.
Il s’appelait Louis Boutan.
Né à Versailles en 1859, Boutan est biologiste. Très jeune, il part déjà loin : en 1880, il participe à l’organisation de la représentation française à l’Exposition internationale de Melbourne et reste dix-huit mois en Australie, où il étudie notamment la faune.
Mais c’est sur les côtes françaises de Méditerranée que son aventure va véritablement commencer.
Au laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer, il étudie les animaux marins.
En 1886, il apprend à plonger.
Pas avec une bouteille légère, un masque et un détendeur moderne.
Boutan descend avec les lourds équipements de plongée de son époque, dépendant de la surface pour respirer.
Et sous l’eau, une idée l’obsède.
Pourquoi se contenter de raconter ce qu’il voit ?
Pourquoi ne pas le montrer ?
Boutan veut photographier le monde sous-marin.
Le problème est immense.
Un appareil photographique de la fin du XIXe siècle n’est évidemment pas étanche. La lumière disparaît rapidement avec la profondeur. Les plaques photographiques exigent de longues expositions. Et le photographe doit manipuler tout cela… sous plusieurs mètres d’eau.
Alors Boutan fait ce que font les pionniers.
Il invente ce qui n’existe pas.
En 1893, avec son frère Auguste, il enferme un appareil photographique dans un énorme caisson étanche. Il descend son invention dans la baie de Banyuls et réalise des photographies entre environ 3,5 et 11 mètres de profondeur.
Mais il rencontre immédiatement un nouvel ennemi : l’obscurité.
Alors il recommence.
Il expérimente l’éclairage artificiel sous l’eau et développe différents dispositifs permettant d’apporter la lumière là où elle manque.
Les appareils sont encombrants. Les temps de pose peuvent être interminables. Chaque essai demande une préparation considérable.
Et lui doit être au fond de l’eau en scaphandre pour faire fonctionner son invention.
En 1898, Boutan réalise une image devenue extraordinaire : un scaphandrier est photographié sous l’eau tenant une pancarte.
Plus d’un siècle plus tard, la photographie existe toujours.
Le Musée national de la Marine la présente aujourd’hui encore dans son exposition consacrée à l’exploration sous-marine.
Louis Boutan venait de contribuer à ouvrir un nouveau territoire à l’image.
Les fonds marins pouvaient désormais être vus par ceux qui n’y descendaient pas.
Son travail n’est donc pas seulement une histoire de photographie.
C’est une formidable histoire d’innovation.
Boutan rencontre un problème.
Il fabrique une solution.
La solution révèle un nouveau problème.
Il invente à nouveau.
Puis il recommence jusqu’à obtenir ce que beaucoup considéraient comme impossible.
C’est exactement ainsi que progresse la technologie, encore aujourd’hui.
Les jeunes Français qui construisent des robots, des fusées, des logiciels ou des intelligences artificielles travaillent avec des outils infiniment plus puissants que ceux de Boutan.
Mais la méthode reste la même :
être curieux, essayer, échouer, comprendre et recommencer.
Louis Boutan n’attendit pas que quelqu’un invente la caméra dont il avait besoin.
Il l’inventa.
Et pour la tester, il descendit lui-même au fond de la mer.
Voilà ce qu’est un pionnier.
Le héros du jour : Louis Boutan.

