L’armée de l’Air & de l’Espace insiste pour obtenir des missiles air-sol aérobalistiques
par Laurent Lagneau · 3 août 2026

Dans les années 1960, l’état-major de l’armée de l’Air envisagea de remplacer le Mirage IV, qui venait pourtant de prendre l’alerte nucléaire, par le bombardier stratégique supersonique Bréguet Br.1180, pressenti pour emporter, dans une soute, le missile aérobalistique Matra 600. Il s’agissait alors d’anticiper les progrès en matière de défense aérienne et de guerre électronique.
Doté de deux moteurs Bristol BS593/3, le Br.1180 était censé avoir une autonomie supérieure à 4 000 km. D’une masse de 60 tonnes pour une longueur de 33 mètres, ce bombardier devait avoir la capacité d’être ravitaillé en vol. Quant au Matra 600, propulsé par un turboréacteur, sa portée maximale attendue était d’environ 2 000 km.
Finalement, ce projet fut rapidement abandonné car, outre les aspects budgétaires, le recours à des moteurs étrangers pour le Br.1180 allait à l’encontre de l’indépendance nationale.
Plus de soixante ans après, l’idée de doter l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] d’un missile aérobalistique a refait surface. Lors des débats relatifs au projet de loi de finances initiale pour l’exercice 2026, son chef d’état-major [CEMAAE], le général Jérôme Bellanger avait soutenu qu’une telle capacité était indispensable pour détruire les défenses aériennes ennemies, en complément du missile antiradar STRATUS RS [ou RJ-10], en cours de développement chez MBDA.
Les «missiles aérobalistiques sont beaucoup plus difficiles à détecter» tout en étant «plus rapides». Ils ont des capacités de manœuvre en courte finale», ce qui leur permet de «déjouer un éventuel tir de l’adversaire pour l’intercepter», avait expliqué le CEMAAE devant les députés, en octobre dernier.
Seulement, le projet de loi portant sur l’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 a écarté l’idée de mettre au point un missile aérobalistique, la priorité allant à un programme de missile balistique sol-sol d’une portée de 2 500 km au profit de l’armée de Terre.
Pour autant, le général Bellanger n’a pas rendu les armes. «L’aérobalistique est un sujet qui me tient à cœur» car «l’efficacité de cette capacité n’est plus à démontrer», a-t-il en effet affirmé, lors d’une audition au Sénat, en mai dernier [le compte rendu a été publié la semaine dernière, ndlr].
«Durant l’automne 2024, les Israéliens se sont ouvert un véritable « boulevard » vers l’Iran grâce aux actions de SEAD [Suppression of Enemy Air Defenses]. En juin 2025, ils ont été en mesure d’utiliser tout l’arsenal des missiles aérobalistiques, du Black Sparrow au Blue Sparrow, et jusqu’au Silver Sparrow, avec des portées de 800 à 1 500 kilomètres, et de frapper ainsi l’Iran tout en restant en Syrie», a ensuite rappelé le CEMAAE. En outre, a-t-il insisté, «l’aérobalistique est d’autant plus intéressante que la portée des missiles avoisine 4 000 km avec un avion de chasse».
Le général Bellanger est visiblement réservé au sujet du futur missile balistique de l’armée de Terre. «Un missile sol-sol de 2 500 kilomètres, lancé depuis un porteur plutôt terrestre, ne permet guère de mobilité, au contraire d’un missile aérobalistique embarqué sur un navire ou un avion, qui multiplie le nombre des emplois possibles», a-t-il fait valoir.
Quoi qu’il en soit, il a dit espérer que les travaux portant sur cette capacité balistique sol-sol servent aussi à développer ce missile aérobalistique qu’il estime nécessaire.
«J’émets aussi le vœu que nous étudiions dans son ensemble le triptyque de la frappe dans la profondeur : en matière d’aérobalistique, le missile n’importe pas seul. Interviennent en outre des capacités de ciblage ainsi que la capacité de commandement et de contrôle de l’opération engagée», a conclu le CEMAAE.