Otan : En Estonie, la British Army va remplacer son groupement tactique blindé par une force mobile antichar
par Laurent Lagneau · 17 juillet 2026
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Si la Lituanie a commandé 44 Leopard 2A8 et accueille une brigade blindée allemande sur son territoire, l’Estonie ne fait pas de l’acquisition de chars une priorité. Ayant augmenté significativement ses dépenses militaires depuis l’annexion de la Crimée par Moscou, ce pays balte a surtout renforcé ses unités d’artillerie avec des capacités de frappe dans la profondeur [lance-roquettes multiples M142 HIMARS et K239 Chunmoo] ainsi qu’avec l’achat de canons automoteurs CAESAr et K9 Thunder. En outre, en lien avec Riga et Vilnius, Tallinn est en train d’ériger une «ligne défensive», parallèle à sa frontière avec la Russie.
Cela étant, les Forces de défense estoniennes avaient pourtant envisagé d’acquérir des chars en 2010. Mais, les études réalisées à l’époque montrèrent que les coûts d’achat et de possession allaient être bien trop élevés par rapport à leurs ressources budgétaires. La question ne fut plus évoquée par la suite… parce qu’elle était devenue sans objet, un bataillon blindé devant être déployé en Estonie au titre des mesures de réassurance prises par l’Otan après l’affaire de la Crimée.
En effet, depuis maintenant près de dix ans, la British Army maintient sur le sol estonien un détachement fort de 800 soldats et doté de chars Challenger 2 et de véhicules de combat d’infanterie Warrior [opération Caprit]. Il est complété par le sous-groupement tactiques interarmes [S/GTIA] français «Lynx» qui, par le passé, a mis en œuvre des Leclerc.
Mais la contribution britannique à la présence avancée réhaussée [eFP] dans les pays baltes va bientôt changer de volume et, surtout, de nature. Et cette évolution pourrait influencer la composition du S/GTIA français.
Ainsi, selon un accord signé le 16 juillet par le secrétaire britannique à la Défense, Dan Jarvis, et son homologue estonien, Hanno Pevkur, la British Army va retirer son «groupement tactique blindé» du pays pour le remplacer par une «force mobile antichar» [MAAF, Mobile Anti-Armour Force] de 1 200 soldats.
Équipée de véhicules «très mobiles», d’armes de pointe et de drones de haute technologie, cette MAAF sera «spécialement adaptée à l’environnement opérationnel estonien», a souligné le ministère britannique de la Défense [MoD]. «Cette évolution s’appuie sur les leçons tirées de la guerre en Ukraine et garantit que notre partenariat militaire [avec l’Estonie] reflète les réalités des conflits modernes», a-t-il fait valoir.
Plus que le retour d’expérience de la guerre en Ukraine, c’est sans doute la leçon de l’exercice Hedgehog, effectué en Estonie l’an passé, qui explique cette évolution du dispositif britannique. Selon la presse américaine, deux bataillons de l’Otan auraient été mis en échec par une équipe légère de dronistes ukrainiens en l’espace de vingt-quatre heures. Cependant, selon le Figaro, l’état-major français a relativisé ce résultat, en faisant valoir que de telles manœuvres sont souvent «scénarisées».
En tout, s’il n’a pas explicitement évoqué Hedgehog 25, le MoD a expliqué que sa décision avait été prise «sur la base d’une analyse approfondie, les exercices de simulation de guerre complets avec l’Estonie ayant démontré que la nouvelle structure des forces permettrait d’obtenir un effet opérationnel supérieur à celui du dispositif blindé actuel».
Cette MAAF sera «en mesure de se déployer, de se disperser et de démontrer sa capacité opérationnelle plus rapidement qu’une formation blindée traditionnelle», a insisté le MoD. Outre sa grande mobilité, elle disposera d’une plus grande autonomie, grâce à au prépositionnement de stocks de matériel en Estonie, ainsi que d’une «létalité accrue» de par ses capacités ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance] et de frappes dans la profondeur [avec des lance-roquettes multiples M270 modernisés, ndlr]. Enfin, elle utilisera le système numérique ASGARD, lequel permet de localiser et de frapper des cibles sur des distances plus longues, grâce à l’intelligence artificielle.
«Nous renforçons notre déploiement en Estonie afin de défendre le territoire de l’Otan et de dissuader toute agression russe. Cette nouvelle feuille de route reflète les réalités de la guerre actuelle et illustre la modernisation de nos forces pour faire face aux menaces qui pèsent sur nous. Plus d’effectifs, une meilleure mobilité et les technologies les plus récentes signifient une force plus meurtrière et efficace, prête à combattre et à vaincre aux côtés de ses alliés», a résumé M. Jarvis.