Le héros du jour – 21 juillet

Henri Guillaumet (1902-1940)

L’homme qui refusa de mourir

En juin 1930, Henri Guillaumet est déjà l’un des pilotes les plus expérimentés de l’Aéropostale.

À cette époque, transporter le courrier par avion n’a rien d’un voyage confortable. Les pilotes volent sans radar moderne, sans GPS et avec des appareils fragiles. Ils affrontent les tempêtes, les pannes et des territoires où aucun secours rapide n’est possible.

Guillaumet est chargé de franchir la cordillère des Andes entre le Chili et l’Argentine. Il connaît cette route dangereuse, qu’il a déjà parcourue de nombreuses fois. Mais le 13 juin 1930, une violente tempête de neige enferme son avion dans la montagne.

Aveuglé par le mauvais temps et incapable de poursuivre son vol, il doit poser son appareil près de la Laguna del Diamante, à plus de 3 000 mètres d’altitude. L’avion est immobilisé dans la neige. Autour de lui, il n’y a que le froid, les sommets et le silence.

Les recherches commencent, mais les sauveteurs pensent rapidement qu’il est impossible qu’un homme survive longtemps dans de telles conditions.

Guillaumet, lui, ne veut pas attendre la mort.

Il quitte l’épave avec quelques provisions, une boussole et des vêtements insuffisants pour affronter l’hiver austral. Devant lui se dressent des kilomètres de neige, des cols dangereux et un froid capable de tuer un homme en quelques heures.

Il marche.

Lorsqu’il tombe, il se relève.

Lorsqu’il pense s’endormir, il comprend que fermer les yeux pourrait signifier ne jamais les rouvrir.

Il continue encore.

Pendant cinq jours et quatre nuits, Henri Guillaumet lutte contre le froid et l’épuisement. Il ne marche pas seulement pour sauver sa propre vie. Il pense également à son épouse : si son corps n’est jamais retrouvé, elle devra attendre plusieurs années avant de pouvoir être officiellement reconnue comme veuve et toucher l’assurance prévue.

Cette pensée devient une force.

Enfin, presque au bout de ses capacités, il atteint une zone habitée. Une famille andine le recueille. L’homme que tous croyaient mort vient de sortir vivant de la montagne.

Lorsque son ami Antoine de Saint-Exupéry vient le retrouver, Guillaumet prononce une phrase devenue légendaire :

« Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. »

Saint-Exupéry racontera plus tard son combat dans Terre des hommes, un livre qu’il dédiera à son ami.

Henri Guillaumet n’était pas invincible. Il avait froid, il souffrait et il connaissait la peur.

Son héroïsme réside précisément là : il a continué malgré la peur.

Son histoire parle encore aux jeunes générations. Nous ne traverserons probablement jamais seuls une cordillère enneigée, mais nous connaissons tous des moments où abandonner semble plus facile : un échec, une humiliation, une épreuve familiale, une maladie ou l’impression de ne pas être à la hauteur.

Guillaumet nous transmet alors une règle simple :

Ne décide jamais de ta défaite au moment où tu es le plus épuisé.

Fais encore un pas.

Puis un autre.

Parfois, la sortie se trouve juste après l’endroit où l’on pensait ne plus pouvoir avancer.

« Le courage n’est pas de ne jamais tomber. Le courage est de choisir de se relever. »