L’US Air Force veut se doter d’un missile air-air d’une portée de plus de 1 800 kilomètres
par Laurent Lagneau · 27 juin 2026

Dans un rapport remis au Congrès en décembre 2024 [.pdf], l’US Air Force avait expliqué que, à l’horizon 2050, elle aurait très probablement à faire face à des adversaires dotés de missiles air-air et surface-air ayant une portée susceptible d’atteindre les 1 600 km et guidés par des données de ciblage fournies par des capteurs spatiaux. Et de souligner qu’une telle évolution allait exposer ses aéronefs les plus sensibles [avions ravitailleurs, AWACS] à de plus grands dangers.
«Face à ce défi majeur, le concept actuel de combat interarmées part déjà du principe que, dans un espace aérien fortement contesté, la supériorité aérienne ne pourra être obtenue que de manière épisodique, par le biais d’opérations menées par vagues successives», avait-elle estimé.
L’une des solutions consisterait à frapper l’adversaire de plus loin. Ce qui suppose de développer des missiles ayant une portée supérieure à ceux qu’il serait susceptible d’aligner.
Dans le domaine air-air, les forces aériennes américaines disposent actuellement du missile AIM-120D AMRAAM [Advanced Medium-Range Air-to-Air Missile], dont la portée officielle est de 160 km. Mais, a priori, elle serait bien plus importante. Du moins, c’est ce qu’a suggéré un essai effectué avec un F-22A Raptor l’an passé.
De son côté, l’US Navy a développé une version air-air du missile surface-air SM-6 [ou ERAM]. Appelée AIM-174B Gunslinger, celle-ci permettrait à un F/A-18E/F Super Hornet d’atteindre une cible située à une distance de 250 à 400 km. Au passage, il n’est guère possible d’être plus précis, de telles données étant confidentielles…
Cela étant, au moins deux autres types de missiles BVR [Beyond Visual Range] sont en cours de développement : l’AIM-260A JATM [Joint Air Tactical Missile], sur lequel Lockheed Martin travaille depuis au moins 2017, et le Long-Range Engagement Weapon [LREW] de Raytheon, dont le sort est incertain…
Mais la portée de ces missiles risque d’être insuffisante pour les scénarios envisagés par l’US Air Force. Scénarios qu’elle s’est d’ailleurs bien gardée de préciser dans l’avis que l’Air Force Materiel Command [AFMC] a publié le 24 juin pour annoncer la tenue d’une réunion avec l’industrie dans le cadre du projet «Air Force Long Range Weapon» [AFLRW].
Plus précisément, il s’agit d’une «journée d’information confidentielle à destination des industriels afin de présenter aux fournisseurs intéressés les exigences relatives au nouveau système d’arme à longue portée de l’US Air Force». Elle sera organisée sur la base aérienne d’Eglin [Floride], le 25 août. Les participants devront impérativement disposer de toutes les habilitations de sécurité requises.
Selon cet avis, déniché par le site spécialisé The War Zone, l’AFLRW vise «à répondre aux besoins de la prochaine génération d’armes aéroportées de frappe à distance, conformément aux priorités du département de la Guerre», qui «pourra sélectionner plusieurs fournisseurs pour les versions air-air et air-sol, en privilégiant les solutions air-air pour la capacité opérationnelle initiale».
Ce document est, comme on peut s’en douter, avare en détails… Cependant, dans une annexe, il précise que ce projet doit permettre de développer un missile air-air devant avoir une portée d’au moins 1 000 nautiques [NM], soit 1 850 km.
Un missile d’une telle portée [quatre à cinq fois supérieure à celle de l’AIM-174B Gunslinger] pose évidemment la question du ciblage. Cela suppose de disposer de radars puissants et/ou d’une solide chaîne de capteurs ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance], dont certains pourraient être placés en orbite, comme le prévoit le programme AMTI [Air Moving Target Indicator] que mène actuellement le Pentagone.
Autre aspect à prendre en compte : la taille que pourrait avoir cet AFLRW. Au regard des performances attendues, il est probable qu’il soit trop imposant pour loger dans la soute d’un F-35 ou dans celle d’un F-22A. À moins que celle du futur F-47A ne soit assez grande, il est probable qu’il soit mis en œuvre par le bombardier stratégique B-21 Raider.