L’armée indienne veut transformer ses nombreux chars T-72 en drones terrestres de combat
par Laurent Lagneau · 28 juin 2026

Lors de la dernière édition du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory, la PME française S2M Equipment, associée à KNDS France, a dévoilé le projet Refurbot, lequel consiste à transformer d’anciens chars AMX-30B2 en drones terrestres de combat [UGV].
Il «suscite beaucoup d’intérêt, tant en France qu’à l’étranger» car, au-delà de la plateforme, il consiste d’abord à «rétrofiter» un char avant de le recycler en robot terrestre», a assuré l’entreprise.
Cela étant, la Chine avait présenté un concept relativement proche huit ans plus tôt. En effet, il était question de modifier un char T-59 [version locale du T-54/55 soviétique] pour le manœuvrer depuis un poste de pilotage externe. «Un grand nombre de ces chars retirés du service peuvent être convertis en véhicules sans pilote s’ils sont équipés d’intelligence artificielle», avait alors expliqué Liu Qingshan, le rédacteur en chef de Tank and Armored Vehicle, dans les pages du quotidien Global Times.
L’Indian Army est sur le point d’en faire autant avec ses chars T-72, selon le rapport iDEX ADITI 4.0 que le ministère indien de la Défense vient de publier au titre de son cycle d’innovation 2026.
Pour rappel, au début des années 1980, l’Inde scella un accord avec l’Union soviétique visant à permettre au groupe AVANI [Armoured Vehicles Nigam Limited] de produire, sous licence et via la Heavy Vehicle Factory [HVF], le char T-72. Par la suite, 2 400 exemplaires furent livrés à l’Indian Army.
Par la suite, New Delhi a fait l’acquisition d’environ 2 000 T-90S de conception russe [et selon la même approche] et commandé des chars Arjun de conception locale.
Puis, le ministère indien de la Défense a lancé le programme FRCV [Future Ready Combat Vehicle], lequel doit se concrétiser par la production d’un char de combat de nouvelle génération en 2030. L’Indian Army pourrait recevoir jusqu’à 1 700 exemplaires.
Aussi, en 2024, il fut avancé que le T-72 n’avait plus sa place au sein des forces terrestres indiennes et qu’il était question de les proposer sur le marché de l’occasion dans le cadre d’une coopération «technique» avec l’industrie russe. Ce plan a donc changé, à en croire l’iDEX ADITI 4.0.
Selon ce dernier, la transformation du T-72 en une plateforme de véhicule blindé de combat autonome [ABF] est l’une des priorités de l’Indian Army, celle-ci ayant l’ambition de mettre en œuvre un concept opérationnel associant des chars avec équipage à des systèmes autonomes d’ici 2030.
Selon l’Indian Defence Research Wing, l’armée indienne est en quête de partenaires industriels locaux pour mener à bien cette transformation de ses T-72. La première phase du programme prévoit la livraison de deux prototypes afin d’évaluer la faisabilité de la conversion d’une partie importante de ces chars.
«Au lieu de les retirer définitivement du service, l’armée entend les réaffecter à des missions qui, autrement, exposeraient les équipages à des dangers considérables», résume le site spécialisé indien. Et cela d’autant plus que, comme l’ont montré les combats en Ukraine, le T-72 a montré quelques défauts, notamment au niveau de son chargeur automatique de type carrousel, installé dans le puits de sa tourelle.
Ces T-72 «dronisés» pourraient se voir assigner plusieurs missions : franchissement de champs de mines, assauts contre des positions fortement défendues, reconnaissance, opérations de déception, etc.
Si ce programme atteint ses objectifs, alors il pourrait se traduire par la création d’une «nouvelle catégorie de véhicules de combat robotisés», estime Indian Defence Review. Et cela, a-t-il conclu, «en offrant à l’industrie indienne une expérience précieuse dans le domaine des capacités autonomes de combat». À noter que le russe Uralvagonzavod a déjà un coup d’avance, avec le Szturm, un T-72 sans équipage [et contrôlé à distance par un char de commandement] qu’il a dévoilé en juillet 2025.