Le futur missile balistique terrestre devrait finalement être mis en œuvre par l’armée de Terre

par Laurent Lagneau · 24 octobre 2026

La Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 actualisée a confirmé le lancement, dès 2026, d’études pour le développement de capacités de frappe dans la profondeur [DPS] devant reposer sur des missiles balistiques terrestres [MBT] d’une portée «allant prioritairement jusqu’à la classe 2 500 km». Et cela avec l’objectif de disposer d’une capacité opérationnelle initiale en 2030-31. Au sein de quelle branche des forces françaises ? Le texte ne le précise pas. Et pour cause.

En effet, lors de l’examen du projet de loi d’actualisation de la LPM 2024-30 par le Parlement, le général Pierre Schill, alors chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], avait expliqué aux députés qu’une telle capacité relevait «avant tout d’une logique interarmées». Elle «ne vise pas directement les forces de contact adverses, comme les corps d’armée opposés, mais s’inscrit dans une frappe en profondeur stratégique, venant compléter les capacités existantes, qu’il s’agisse des avions ou des bâtiments de surface», avait-il ajouté.

Aussi, aucune décision sur les modalités de sa mise en œuvre n’avait été décidée à l’époque.

«L’organisation finale, qu’il s’agisse du service de ces armes par l’armée de Terre ou par l’armée de l’air, comme c’est le cas aujourd’hui pour certaines défenses sol‑air, n’est pas arrêtée. De même, la création éventuelle d’un régiment dédié, ainsi que les modalités de coopération avec des partenaires alliés, restent ouvertes», avait dit le général Schill.

Six mois plus tard, la réflexion «capacitaire» a visiblement progressé.

Lors d’une audition à l’Assemblée nationale, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2027, l’actuel CEMAT, le général Jacques de Montgros, a souligné que «plus le fait nucléaire devient visible, plus nous constatons également l’impératif d’être capable d’agir sous seuil». En outre, cela «confirme, paradoxalement, que la crédibilité de la dissuasion exige des forces conventionnelles elles aussi crédibles», a-t-il fait valoir. Son prédécesseur ne disait pas autre chose.

Dans le même temps, le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace [CEMAAE], le général Jérôme Bellanger, n’a pas montré un intérêt pour ce missile balistique terrestre, sa priorité allant au développement d’un missile aérobalistique.

«Un missile sol-sol de 2 500 kilomètres, lancé depuis un porteur plutôt terrestre, ne permet guère de mobilité, au contraire d’un missile aérobalistique embarqué sur un navire ou un avion, qui multiplie le nombre des emplois possibles», avait-il expliqué lors d’une audition au Sénat, en mai dernier. Depuis, il n’a pas changé d’avis… même si aucun crédit n’est actuellement prévu pour mettre au point une telle capacité.

Aussi, l’armée de Terre devrait hériter de ce missile balistique terrestre. En tout cas, c’est ce qui ressort de l’avis budgétaire sur le programme 178 «Préparation et Emploi des forces – Forces terrestres», que vient de publier la députée Anna Pic.

«L’actualisation de la LPM prévoit le lancement d’études dès 2026 afin de disposer d’une capacité de missile balistique conventionnel sol-sol MBT d’une portée classe 2 500 km», a-t-elle d’abord rappelé.

«La notification à ArianeGroup d’une étude de levée de risque sur un missile balistique conventionnel est visée à l’automne 2026» tandis que le «lancement en réalisation de l’opération MBT est prévu en 2028», a ajouté la députée.

Avec ce MBT, l’enjeu est ainsi de «permettre au corps d’armée de maîtriser la chaîne ‘comprendre – décider – agir’ dans la profondeur», a-t-elle expliqué.

Selon Mme Pic, «cette capacité constitue l’une des principales contributions différenciantes attendues de la France comme nation-cadre et prépare directement le modèle de combat terrestre porté par le programme TITAN». Enfin, a-t-elle conclu, «cette démarche doit renouveler les capacités aéroterrestres dans un contexte de combat multimilieux et multichamps, tout en renforçant la connectivité au sein d’un réseau de combat data-centré».