De Lille à Marseille, toute la France est à sa portée : la Russie construit un radar géant dans son enclave coincée entre deux pays de l’OTAN
Article de R.R.
Sur cette photo de groupe diffusée par l’agence d’État russe Sputnik, le président russe Vladimir Poutine passe en revue les exercices militaires conjoints russo-bélarussiens « Zapad-2025 » (Ouest-2025) sur un terrain d’entraînement dans l’oblast de Nijni Novgorod, le 16 septembre 2025 (photo d’illustration)© Sergei BOBYLYOV/ AFP
La Russie aurait construit une importante installation radar dans l’enclave de Kaliningrad, capable de détecter des avions, des missiles et des navires de guerre jusqu’à 3.200 kilomètres. Selon des images satellites analysées par l’entreprise finno-polonaise ICEYE et publiées par le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, ce dispositif pourrait considérablement étendre les capacités de surveillance de Moscou en Europe du Nord et de l’Ouest, jusqu’au Royaume-Uni, rapporte de son côté le Times.
Située près de la ville de Gvardeysk, cette installation se trouve dans l’enclave russe de Kaliningrad, un territoire fortement militarisé bordant la Pologne et la Lituanie, toutes deux membres de l’OTAN. D’après les informations publiées, le site comprend trois structures rayonnantes constituées de mâts d’antenne, chacune s’étendant sur environ 500 mètres.
La configuration du site laisse penser qu’il pourrait s’agir d’un radar transhorizon (OTH, pour Over-The-Horizon), un système capable de détecter des cibles au-delà de la portée des radars conventionnels. Contrairement à ces derniers, limités par la ligne de visée directe et la courbure terrestre, ce type de radar exploite une propriété physique particulière.
Il émet des ondes radio à haute fréquence qui se réfléchissent sur l’ionosphère avant de revenir vers la surface terrestre, lui permettant ainsi de détecter des cibles à plusieurs milliers de kilomètres. Sa portée estimée, comprise entre 885 et 3.200 kilomètres, pourrait ainsi permettre à Moscou de suivre une partie importante de l’activité militaire en Europe.
Et la France pourrait directement être concernée. Avec une portée théorique pouvant atteindre plusieurs milliers de kilomètres, ce radar serait capable de détecter des activités militaires jusque dans le ciel français. Paris se trouve en effet à environ 1.450 kilomètres de Gvardeysk, Lyon à 1.600 kilomètres et Marseille à 1.850 kilomètres. De quoi placer l’ensemble de la France métropolitaine dans son rayon d’action théorique. Reste à savoir si l’orientation des antennes et les capacités réelles de cette installation, encore en construction, permettront effectivement à Moscou de surveiller l’espace aérien français.
Près du flanc oriental de l’OTAN
Située sur les rives de la mer Baltique, entre la Pologne et la Lituanie, toutes deux membres de l’OTAN, l’enclave de Kaliningrad constitue ainsi un point stratégique pour la surveillance du flanc oriental de l’Alliance.
Moscou a déjà fait parler de lui avec cette technologie, notamment avec au radar « Douga », l’un des radars transhorizon les plus célèbres et les plus impressionnants jamais construits. Érigé durant la Guerre froide à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl, ce géant d’acier culmine à près de 150 mètres de hauteur pour environ 500 mètres de largeur.
Surnommé le « Pic-vert russe », il doit sa notoriété au signal radio répétitif et intrusif qu’il émettait, caractérisé par un claquement à basse fréquence qui parasitait les émissions radio à travers le monde. Aujourd’hui désaffectée, cette structure monumentale se dresse toujours dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, vestige spectaculaire de la course technologique de la Guerre froide.