Thales décroche 6,7 milliards d’euros de commandes au troisième trimestre porté par le réarmement européen
Article de Victor Cousin
Dans le marasme économique français, Thales sort du lot. Le groupe français de haute technologie a décroché 6,7 milliards d’euros de commandes au troisième trimestre, porté par la poursuite du réarmement en Europe et par sa participation à la future constellation européenne de télécommunications sécurisées Iris².
Le chiffre d’affaires a pour sa part atteint 5,47 milliards d’euros entre juillet et septembre, en hausse de 8,7 % à périmètre et changes constants. Thales a enregistré entre juillet et septembre, onze contrats de plus de 100 millions d’euros sur 29 commandes de cette taille décrochées depuis le début de l’année, a souligné Jérémie Papin, directeur financier de Thales au cours d’une conférence téléphonique.
Le succès du SAMP/T NG
Sur les neuf premiers mois de l’année, les prises de commandes ont atteint 19,1 milliards d’euros, en progression de 15 % sur un an. Les commandes dans la défense ont augmenté de 14 %, à 11,3 milliards d’euros, tandis que celles du secteur spatial ont bondi de 29 %, à 5 milliards d’euros.
Parmi les contrats les plus marquants du troisième trimestre figurent une commande de la direction générale de l’armement (DGA) pour développer la future génération du radar de l’avion de combat Rafale ainsi que la commande de quatre systèmes de défense aérienne supplémentaires SAMP/T NG annoncée mercredi par la DGA.
Le SAMP/T NG, développé par le consortium européen associant Thales et le missilier MBDA, est considéré comme la principale alternative européenne au système Patriot américain. Le Danemark l’a choisi en 2025, au détriment du Patriot, pour renforcer sa défense aérienne de longue portée.
Le SAMP/T NG est considéré comme la principale alternative européenne au système Patriot américain. BERTRAND GUAY/AFP
Thales a également remporté un contrat portant sur des nacelles optroniques Talios destinées à équiper des Rafale à l’export. Ces systèmes permettent la désignation de cibles et la conduite de frappes de précision.
Une autre commande concerne le programme de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération, qui doit renouveler la composante océanique de la dissuasion nucléaire française.
« Au troisième trimestre 2026, Thales enregistre à nouveau une croissance solide de ses prises de commandes et de son chiffre d’affaires », s’est félicité le PDG du groupe Patrice Caine cité dans le communiqué des résultats.
« Le groupe a poursuivi sa dynamique d’innovation, avec le lancement d’Hexaforce », un logiciel de commandement conçu pour agréger et analyser de grandes quantités de données militaires afin d’aider les états-majors à planifier et conduire leurs opérations.
Thales le présente comme une alternative européenne aux solutions développées par l’américain Palantir.
Croissance « significative » dans le spatial
Dans le spatial, Thales a signé en septembre, lors du premier sommet international sur l’espace à Paris, un accord avec Eutelsat pour fournir les équipements embarqués des satellites de la future constellation européenne Iris² destinés aux communications gouvernementales.
« L’activité dans le spatial est particulièrement forte cette année. En termes de prise de commandes et de chiffre d’affaires, on assiste à des montants et des croissances qui sont significatives. On bénéficie du positionnement fort auprès des clients institutionnels », a commenté le directeur financier interrogé par l’AFP.
Soutenu par l’Union européenne, Iris² prévoit le déploiement d’environ 330 satellites pour assurer des communications sécurisées aux États membres, aux institutions européennes et aux armées.
Ce contrat intervient après plusieurs années de crise pour les activités spatiales de Thales, frappées par l’effondrement du marché des satellites de télécommunications géostationnaires et la montée en puissance des constellations en orbite basse.
Avec Iris², l’Union européenne entend se doter de son propre réseau de communications sécurisées, une alternative européenne à Starlink, la constellation en orbite basse d’Elon Musk.