Le ministère des Armées veut lancer en 2029 le développement d’un avion de combat de nouvelle génération opérationnel
par Laurent Lagneau · 8 octobre 2026

En juin, après des mois, si ce n’est des années, de relations tendues entre les principaux industriels français, allemands et espagnols concernés, Berlin a fini par annoncer son retrait du projet d’avion de combat de nouvelle génération [NGF – New Generation Fighter] sur lequel devait reposer le Système de combat aérien du futur [SCAF]. Et cela alors que ce programme était à la phase 1B, lancée en décembre 2022.
Sans tarder, lors du salon de l’aéronautique de Berlin [ILA 26], l’industrie aérospatiale allemande, fédérée autour d’Airbus Defence & Space GmbH, a lancé l’initiative Team Gen 6, avec l’ambition de développer un chasseur-bombardier de 6e génération, en nouant éventuellement des partenariats avec plusieurs industriels espagnols. Cela étant, aucune annonce nouvelle n’a été faite depuis.
En outre, Berlin et Madrid n’ont encore rien dit sur leurs intentions. Selon Politico, l’Allemagne a mené des discussions préliminaires en vue de rejoindre éventuellement le Global Combat Air Programme [GCAP], mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Ce qui a été confirmé par le ministère allemand de la Défense.
Ce dernier a aussi ouvert un dialogue avec son homologue espagnol en vue de développer un avion de combat de nouvelle génération dans le cadre d’une coopération bilatérale. D’après The Economist, qui s’en est fait l’écho, les négociations pourraient durer plusieurs mois. En tout, aucun accord n’est attendu d’ici la fin de cette année au plus tôt.
Quant à la France, si un rapprochement avec la Suède, voire l’Inde, est régulièrement évoqué, le développement d’un démonstrateur de chasseur-bombardier de 6e génération sera lancé en 2027, sur la base des travaux réalisés au titre de la phase 1B du SCAF. En tout cas, c’est ce qu’indique le Projet annuel de performances du programme 146 «Équipement des forces» [PAP 146], publié à l’occasion de la présentation du projet de loi de finances 2027.
«La première phase des travaux de démonstration, exécutée en coopération, a été lancée en décembre 2022 par la notification du marché NGWS [Next Generation Weapon System]. La seconde phase des travaux de démonstration, devant notamment mettre en vol le prototype du NGF, sera lancée en 2027», lit-on en effet dans ce document.
Et celui-ci d’ajouter : «Le développement de l’avion opérationnel sera lancé en 2029».
Lors d’une audition à l’Assemblée nationale, ce 8 octobre, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a confirmé le caractère «national» de ce programme.
«Dès juillet 26, il a été décidé de lancer, en national, les travaux sur le chemin critique de ce qu’on appelait le NGF» afin de «permettre de sécuriser le planning initial, qui vise à disposer d’une capacité au début des années 2040. Et donc nous continuons les travaux qui ont [déjà] été réalisés et qui ont largement permis aux industriels de pouvoir progresser», a déclaré Mme Vautrin. «Ces travaux vont être réutilisés. Donc, nous n’avons pas perdu d’argent», a-t-elle insisté.
D’ailleurs, sans tarder, la motorisation de ce NGF va faire l’objet de nouvelles études, financées par le programme 144 «Environnement et prospective de la politique de défense» ainsi que par l’industriel concerné, à savoir Safran.
«Cette année, nous financerons les études» sur le NGF, notamment celles sur sa motorisation car «parvenir à une poussée à 11 tonnes pour le moteur ne nécessite pas les mêmes évolutions que pour arriver à 9 tonnes. Nous le ferons donc, en coopération ou non», avait en effet indiqué Patrick Pailloux, le Délégué général pour l’armement, en mai dernier. Soit quelques semaines avant le retrait de l’Allemagne du NGF.
Quoi qu’il en soit, la décision prise cet été par le ministère des Armées va dans le sens souhaité par Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation.
«Nous préconisons un démonstrateur pour tester les compromis avant de figer le système opérationnel qui inclura forcément des drones et de l’intelligence artificielle», avait-il déclaré, lors de la présentation des résultats semestriels de Dassault Aviation, en juillet. «Il faut se jeter à l’eau maintenant pour ne pas subir les développements américains et pour maintenir les compétences industrielles. Il y a un temps pour tergiverser et un temps pour décider», avait-il insisté.