Émile Reymond (1865-1914) — Chirurgien, aviateur et homme de courage
Imaginez un homme de 49 ans.
Il est médecin, reconnu pour ses compétences. Il est sénateur de la République. Il possède une carrière, une situation, une réputation.
Il pourrait rester à l’abri.
Mais lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il fait un choix inattendu : il demande à partir en mission aérienne au-dessus des lignes ennemies.
Cet homme s’appelle Émile Reymond.
Un médecin passionné par le ciel
Né à Tarbes en 1865, Émile Reymond devient chirurgien. Il exerce notamment à Nanterre, où il dirige un service hospitalier important.
Élu sénateur de la Loire en 1905, il s’intéresse à la santé publique, mais aussi à une invention qui bouleverse son époque : l’avion.
En 1910, il obtient son brevet de pilote.
À une époque où les appareils sont fragiles, où les instruments sont rudimentaires et où chaque vol comporte des risques, il parcourt la France dans les airs.
Il comprend avant beaucoup d’autres que l’aviation va transformer le monde.
Et lorsque la guerre arrive, il refuse de se contenter d’en parler.
21 octobre 1914 : une mission presque sans retour
Émile Reymond aurait pu servir comme médecin à l’arrière du front.
Il insiste pour rejoindre l’aviation militaire.
Le 21 octobre 1914, il embarque pour une mission de reconnaissance au-dessus des lignes allemandes.
L’appareil vole à très basse altitude. Les soldats ennemis ouvrent le feu.
Reymond est grièvement blessé. Son avion parvient à se poser entre les positions adverses.
Autour de lui, les combats continuent.
Il reste immobile pendant des heures, au milieu du danger.
Puis la nuit tombe.
Malgré ses blessures, il parvient à sortir de l’appareil et à rejoindre les lignes françaises en rampant.
Il est transporté à l’hôpital de Toul.
Mais avant de mourir, le 22 octobre, il trouve encore la force de communiquer les renseignements recueillis pendant sa mission.
Il avait 49 ans.
Le courage, ce n’est pas une question d’âge
Ce qui rend l’histoire d’Émile Reymond si impressionnante, ce n’est pas seulement sa dernière mission.
C’est tout ce qui l’a précédée.
Cet homme aurait pu considérer qu’il avait déjà suffisamment accompli.
Il avait réussi dans la médecine.
Il avait été élu au Sénat.
Il avait contribué au développement de l’aviation française.
Pourtant, lorsque son pays a eu besoin de lui, il a voulu mettre personnellement ses compétences au service de ceux qui combattaient.
Il n’a pas demandé aux autres de prendre des risques qu’il refusait lui-même.
Une leçon pour les jeunes Français
Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où il est facile de donner son avis, de commenter les événements ou de se présenter comme courageux.
Mais entre les paroles et les actes, il existe parfois un immense fossé.
Émile Reymond nous rappelle une vérité simple : ce qui compte, ce n’est pas seulement ce que l’on sait ou ce que l’on affirme. C’est ce que l’on décide d’en faire.
Apprendre, acquérir des compétences, devenir ingénieur, médecin, pilote ou entrepreneur : tout cela a du sens.
Mais le plus important est peut-être de savoir, un jour, mettre ces compétences au service de quelque chose qui nous dépasse.
Son histoire ne nous invite pas à rechercher le danger inutilement. Elle nous rappelle que la responsabilité et le courage peuvent exiger de renoncer à son confort.
En décembre 1914, le Sénat décide à l’unanimité de lui rendre hommage en faisant réaliser son buste.
Plus d’un siècle plus tard, son exemple mérite toujours d’être raconté.
Émile Reymond n’était pas obligé de monter dans cet avion.
Il l’a fait.
Et c’est pour cela qu’il est notre héros français du jour.
Honneur à Émile Reymond. La France n’oublie pas.

