Le héros du jour – Jean Boulet, l’homme qui emmena l’hélicoptère à 12 442 mètres

Il existe des records qui durent quelques mois. D’autres quelques années. Celui établi par le Français Jean Boulet le 21 juin 1972 tient toujours plus d’un demi-siècle plus tard.

Né à Brunoy en 1920, Jean Boulet entre à l’École polytechnique en 1940 puis poursuit sa formation aéronautique. Après avoir été formé comme pilote aux États-Unis, il devient pilote d’essai et participe au développement de plusieurs générations d’hélicoptères français. La FAI lui attribue 23 records mondiaux au cours de sa carrière.

Il participe notamment aux premiers vols de plusieurs appareils qui contribueront à construire la réputation de l’industrie française de l’hélicoptère. L’Alouette II, l’Alouette III, le Frelon, le Puma ou encore le Lama appartiennent à cette aventure industrielle et technologique.

Mais son exploit le plus spectaculaire survient le 21 juin 1972 à Istres.

Aux commandes d’un Aérospatiale SA 315 Lama spécialement allégé, Jean Boulet entreprend de monter aussi haut que possible. Il atteint finalement 12 442 mètres. La Fédération aéronautique internationale homologue la performance comme record absolu d’altitude pour un hélicoptère.

À titre de comparaison, Boulet vole alors à une altitude supérieure à celle du sommet de l’Everest.

Et c’est précisément à cet instant que l’exploit sportif devient une histoire de sang-froid.

À cette altitude, où la température avoisine −63 °C, le moteur du Lama s’éteint. Boulet se retrouve avec un hélicoptère privé de puissance à plus de douze kilomètres du sol. Il n’a pas la possibilité de simplement redémarrer et poursuivre son vol.

Il lui reste l’autorotation : utiliser l’air de la descente pour maintenir le rotor en rotation et conserver suffisamment d’énergie pour l’atterrissage.

Commence alors une extraordinaire descente planée.

Jean Boulet ramène finalement son Lama jusqu’au sol et se pose sans moteur.

L’homme ne recherchait pourtant pas seulement le record. Pilote d’essai, il faisait partie de cette génération d’ingénieurs et de pilotes qui transformèrent des prototypes encore incertains en machines capables d’être produites et utilisées dans le monde entier.

C’est peut-être ce que son histoire peut transmettre aujourd’hui.

On parle beaucoup d’innovation. Mais derrière chaque technologie nouvelle, il y a des femmes et des hommes qui doivent accepter d’aller vérifier dans le monde réel si les calculs fonctionnent.

Jean Boulet était de ceux-là.

Ingénieur pour comprendre. Pilote pour essayer. Et suffisamment courageux pour aller voir jusqu’où la machine pouvait aller.

Le 21 juin 1972, il est allé jusqu’à 12 442 mètres.

Personne, en hélicoptère, n’est encore allé plus haut.