Le 8 mai 1927, un avion blanc quitte Le Bourget. À son bord, deux Français. Leur objectif : traverser l’Atlantique sans escale et atteindre New York. Ils savent qu’ils peuvent ne jamais revenir.
L’un s’appelle Charles Nungesser. L’autre, moins connu aujourd’hui, est François Coli.
Et pourtant, sans Coli, l’aventure de l’Oiseau Blanc aurait été impossible.
De la mer au ciel
François Coli naît à Marseille en 1881. Avant d’être aviateur, il est marin. Cette première vie va faire de lui un spécialiste de ce qui constitue alors l’un des problèmes majeurs de l’aviation : savoir où l’on est lorsqu’il n’y a plus rien autour de soi.
Au-dessus de l’océan, pas de route, pas de panneau et évidemment aucun GPS.
Il faut observer, calculer, anticiper les vents et déterminer une route avec les instruments disponibles.
Coli devient ainsi un remarquable navigateur aérien.
Après la Première Guerre mondiale, il se passionne pour les raids à très longue distance. L’aviation est encore jeune. Chaque record oblige à résoudre des problèmes nouveaux : autonomie, météo, mécanique, navigation.
Puis vient un défi qui paraît presque déraisonnable : relier Paris à New York sans escale.
8 mai 1927 : décollage
Avec Charles Nungesser, Coli prépare un avion spécialement adapté : le Levasseur PL.8, baptisé l’Oiseau Blanc.
L’appareil emporte une énorme quantité de carburant. Son train d’atterrissage est même conçu pour être largué après le décollage afin d’alléger l’avion. Ce train sera retrouvé et est aujourd’hui conservé par le Musée de l’Air et de l’Espace.
Le 8 mai 1927, Nungesser et Coli décollent du Bourget.
Direction : New York.
Devant eux : des milliers de kilomètres, des heures de vol au-dessus de l’océan et une météo qu’ils ne peuvent évidemment pas suivre sur un écran.
Le plan de navigation a été longuement préparé par Coli. Il doit les conduire au-dessus de la Manche, de l’Angleterre et de l’Irlande avant la grande traversée de l’Atlantique Nord.
Puis l’Oiseau Blanc disparaît.
Nungesser et Coli n’arriveront jamais à New York. Malgré les recherches et les nombreuses hypothèses émises depuis près d’un siècle, leur sort exact reste mystérieux. Le Smithsonian indique qu’ils furent présumés perdus en mer.
Quelques jours trop tôt
L’histoire possède parfois une cruauté particulière.
Moins de deux semaines plus tard, le 21 mai 1927, Charles Lindbergh atterrit au Bourget après avoir réussi la traversée dans l’autre sens, de New York à Paris.
Son nom entre dans l’Histoire.
Ceux de Nungesser et Coli restent attachés à une tentative inachevée.
Mais un échec n’efface pas le courage nécessaire pour essayer.
Pourquoi François Coli peut encore parler aux jeunes
Aujourd’hui, nous vivons entourés de technologies conçues par ceux qui nous ont précédés. Un smartphone donne instantanément une position, une météo, une carte du monde et permet de communiquer avec presque n’importe qui.
En 1927, Coli voulait franchir un océan avec une carte, des instruments, ses calculs et son expérience.
Le progrès commence souvent ainsi : quelqu’un accepte d’essayer ce que tout le monde considère encore comme impossible.
Il ne s’agit pas de rechercher inconsidérément le danger. Il s’agit d’accepter qu’inventer, explorer et entreprendre comportent toujours une part d’inconnu.
François Coli est parti vers cet inconnu.
Il avait 45 ans.
Il n’est jamais revenu.
Mais près d’un siècle plus tard, son Oiseau Blanc continue de nous rappeler que les frontières du possible ne reculent que lorsque quelqu’un décide de les franchir.
François Coli mérite d’être notre héros du jour.
