Navigateur, aventurier, innovateur : Alain Colas a repoussé les limites de son époque jusqu’à disparaître en mer à seulement 35 ans.
Alain Colas naît le 16 septembre 1943 à Clamecy, dans la Nièvre. Rien ne le destine particulièrement à devenir l’un des grands noms de la navigation française. Il étudie les lettres, part enseigner en Australie et rencontre en 1967 un homme qui va changer sa vie : Éric Tabarly.
Il découvre alors la navigation océanique. Ce qui aurait pu rester une rencontre devient une vocation.
De l’apprentissage au record
Colas rachète à Tabarly Pen Duick IV, qu’il rebaptise Manureva. En 1972, il remporte à son bord la Transat anglaise en solitaire.
L’année suivante, il s’attaque à plus grand encore : le tour du monde en solitaire. Il franchit le cap Horn et boucle son périple en 1974, établissant un record sur multicoque.
Mais Alain Colas ne veut pas seulement naviguer plus vite. Il imagine aussi autrement les bateaux de course. Il lance ainsi la construction de Club Méditerranée, un monocoque gigantesque de 72 mètres, avec lequel il participera à la Transat anglaise de 1976.
Le jour où tout aurait pu s’arrêter
En 1975, un terrible accident manque de mettre fin à l’aventure.
Un cordage en tension sectionne presque sa cheville droite. Colas se libère lui-même, réalise un garrot avec sa ceinture et est hospitalisé. Il subira de très nombreuses opérations.
Pour beaucoup, l’histoire aurait dû s’arrêter là.
Pas pour lui.
Quelques mois plus tard, il prépare déjà son retour. Pour la Transat de 1976, il prend la mer avec une botte spécialement fabriquée pour maintenir son pied meurtri. Malgré les tempêtes et la douleur, il termine la course.
Cette partie de son histoire est peut-être plus impressionnante encore que ses records : le courage n’est pas seulement de partir. C’est parfois de repartir.
Manureva
Le 5 novembre 1978, Alain Colas quitte Saint-Malo pour participer à la toute première Route du Rhum.
Il a 35 ans.
Onze jours plus tard, alors qu’il navigue dans l’Atlantique, près des Açores, les communications avec Manureva cessent. Des recherches sont organisées. On ne retrouvera ni le navigateur, ni son trimaran, ni une épave permettant d’établir avec certitude ce qui s’est passé.
Sa disparition entre dans la mémoire collective française. L’année suivante, Serge Gainsbourg écrit Manureva, interprétée par Alain Chamfort.
Pourquoi Alain Colas aujourd’hui ?
Parce que son histoire parle étonnamment bien à notre époque.
Il n’avait pas suivi la voie qui semblait lui être destinée. Il a rencontré un domaine qu’il ne connaissait pas, appris auprès des meilleurs, utilisé les technologies nouvelles de son époque et imaginé des projets que beaucoup jugeaient excessifs.
Il a gagné. Il s’est gravement blessé. Il est revenu. Et il a continué à essayer.
Aux jeunes générations, Alain Colas laisse ainsi une leçon qui dépasse largement la voile :
Votre point de départ ne décide pas de votre point d’arrivée.
Et parfois, pour découvrir jusqu’où l’on peut aller, il faut accepter de quitter le port.
Alain Colas est notre Héros du Jour.

