Haroun Tazieff (1914-1998)
L’homme qui allait chercher la science au bord des cratères
Il y a des scientifiques qui observent le monde derrière un écran. Haroun Tazieff, lui, allait voir.
Ingénieur et géologue, il découvre en 1948 au Congo belge un volcan en pleine éruption. Le choc décide du reste de sa vie : il sera volcanologue.
À l’époque, la volcanologie moderne en est encore à ses débuts. Pour comprendre ce qui se passe sous nos pieds, Tazieff s’approche des cratères, descend sur les pentes des volcans en activité, mesure leurs gaz et leurs températures et rapporte des images extraordinaires.
Il prend des risques réels. En 1950, un accident manque même de lui coûter un pied. Mais il retourne sur le terrain. Pendant des décennies, de l’Etna aux volcans africains, il cherche à comprendre les mécanismes des éruptions.
Sa démarche est étonnamment moderne : observer, mesurer, comprendre, puis transmettre.
Tazieff ne veut pas réserver la science aux spécialistes. Il écrit des livres, tourne des films et donne des conférences. Ses documentaires Les Rendez-vous du diable et Le Volcan interdit font découvrir au grand public un monde jusque-là presque inaccessible. Ses recherches portent notamment sur les gaz volcaniques et contribuent au développement de la volcanologie moderne.
Mais comprendre le danger ne lui suffit pas. Il veut aussi apprendre à protéger les hommes contre lui. Devenu français en 1971, il sera chargé dans les années 1980 de la prévention des risques naturels et technologiques majeurs.
Voilà peut-être ce que son parcours peut dire à un jeune Français aujourd’hui.
L’aventure n’est pas le contraire de la science. La connaissance elle-même peut être une aventure.
Il faut parfois quitter les chemins balisés, construire ses instruments, aller vérifier soi-même et accepter une part de risque pour repousser les frontières de ce que nous savons.
Haroun Tazieff avait reçu en 1966 un prix au nom particulièrement approprié : l’Oscar du courage français.
« Il n’avait pas choisi entre l’aventure et la science : il avait fait de la science une aventure. »

