Pégase : le nouvel élève très spécial de l’armée
Article de Laurent Pinel
C’est le dernier-né des véhicules de l’armée de terre : rencontre avec le Pégase, un modèle léger, discret, agile et rapide, que le 1er Régiment de Hussards Parachutistes a l’honneur d’étrenner.
Un jour peut-être, il accèdera au statut que ses concepteurs ont souhaité lui offrir : celui de véhicule destiné à intégrer les rangs des militaires les plus hautement entrainés, ceux qui s’aventurent au-delà des lignes ennemies, participent aux raids, aux libérations d’otages ou à la neutralisation de cibles dites à haute valeur. Le Pégase est d’ailleurs le fruit du programme VLFS, pour Véhicule Léger des Forces Spéciales.
Pégase : le nouvel élève très spécial de l’armée
Mais pour prétendre appartenir à ces corps spécifiques, il faut avoir fait ses preuves, notamment en matière de fiabilité, d’efficacité, de robustesse et de “réparabilité”. En attendant, c’est donc l’armée dite conventionnelle qui accueille ce nouveau 4×4, et plus précisément le 1er régiment de hussards parachutistes (1er RHP), qui étrenne l’engin et lui mène la vie dure.
Ce régiment basé à Tarbes compte dans ses effectifs des blindés AMX-10 RC, en cours de remplacement par l’EBRC Jaguar, le tout petit et tout récent Fardier, l’impressionnant Grizzly et le VBL (Véhicule Blindé Léger), celui-là même que le Pégase vient remplacer. Les deux véhicules sont toutefois complémentaires et appelés à opérer ensemble.
Pégase : le nouvel élève très spécial de l’armée
Au premier plan, des VBL devant des AMX-10 RC, des blindés dotés d’un canon de 105 mm, dont quelques dizaines d’exemplaires ont été envoyés en Ukraine.
Le plus ancien, comme son nom l’indique, encapsule ses occupants autour d’un blindage. Le nouveau, lui, reste ouvert, non protégé, mais mieux armé. En “superstructure”, comme disent les militaires pour désigner la tourelle motorisée, le Pégase accueille une mitrailleuse lourde, calibre 12,7 mm. Et devant le siège passager, où prend place le chef de patrouille, un support permet d’installer une MAG 58, d’un calibre de 7,62 mm.
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En superstructure, l’arme principale, une mitrailleuse lourde de 12,7 mm, est installée sur une tourelle motorisée.
Les équipages circulent aussi avec des AT 4 CS, soit des lance-roquettes de 84 mm capables de détruire d’épais blindages, et chaque personnel emporte son propre fusil d’assaut, le HK-416, pour lequel des fixations rapides ont été prévues au-dessus des têtes du pilote et du chef.
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La fixation du fusil HK-416
Par ailleurs, si sa puissance de feu impressionne, le Pégase se destine en priorité à de la reconnaissance, c’est-à-dire de l’observation, ce pour quoi son habitacle est totalement ouvert aux vents, y compris au niveau du pare-brise, rabattable.
Premier exercice au Centac
Il profite d’une faible signature visuelle pour mieux se camoufler, se fondre dans la végétation, transmettre au bataillon toutes les informations recueillies et, le cas échéant, faire parler la poudre. Pour démontrer ses qualités, le Pégase et ses frères d’armes ont pris le train : direction Mailly-le-camp, commune de l’Aube abritant depuis 1902 un camp de l’armée de terre et, depuis les années 1990, le Centre d’entraînement au combat, baptisé Centac.
Pégase : le nouvel élève très spécial de l’armée
Les soldats, debout sur leurs Pégase, en pleine observation lors d’un exercice de DRI : Détection, Reconnaissance, Identification.
Ici, chaque année, une vingtaine de régiments vient s’exercer. L’infanterie (les soldats à pieds), la cavalerie (les unités véhiculées), l’artillerie (canons, mortiers, obusiers…) et le génie (infrastructures, aménagements…) apprennent à se coordonner, à “faire la guerre ensemble” dit-on au commandement.
Sur un terrain grand comme la ville de Paris, les militaires prennent part à une sorte de laser game géant, un exercice de combat au cours duquel ils sont évalués. C’est la première fois que le Pégase pose ses roues ici. Pour simuler les tirs effectués et subis, des balises servant d’émetteurs-récepteurs sont positionnées à divers endroits, sur la structure du véhicule.
Pégase : le nouvel élève très spécial de l’armée
Derrière le pare-câble, le pare-brise peut être rabattu sur le capot.
A bord, trois hommes intègrent le véhicule, et deux véhicules composent un équipage. Dans “notre” Pégase, abrité derrière un pare-câble le protégeant, le Maréchal des logis Tanguy, chef de patrouille, sert aux côtés du brigadier Florian, le pilote. Derrière eux, un tireur du 1er RHP peut voyager assis, sur un classique siège, ou debout, posté dans la tourelle. Il dispose alors d’un dossier rembourré et d’une sorte de balançoire, pour tenir en position sans trop solliciter les jambes.
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Le drone, un outil présent à bord
Un quatrième siège est installé à l’arrière du Pégase ; à l’arrêt, il sert au commandement ou au pilotage de drones. Nombreux sont les équipages à en disposer. Certains servent au renseignement (observation) et peuvent intégrer un système de largage de grenade ou un obus. D’autres, appelés drones FPV (First Person View, soit vue à la première personne), ne servent qu’à la destruction d’objectifs ennemis.
Fabriqué dans une usine basée à Limoges, le Pégase, dont 206 exemplaires devraient intégrer les rangs de l’armée française, est produit par Arquus, marque née de la fusion de Renault Trucks Defense, Acmat et Panhard. Il s’en remet à un moteur diesel de 200 chevaux venant de chez Iveco, qui entraine l’essieu arrière ou les quatre roues, selon l’usage.
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Ce 3 litres à quatre cylindres, à distribution par chaîne, peut se contenter d’un gazole au raffinage quelconque ; un détail primordial pour, à l’avenir, prendre part aux OPEX, les Opérations Extérieures. Il est couplé à une transmission automatique à 5 vitesses d’origine Mercedes et à une boîte de transfert.
Pour le franchissement, il est possible d’activer les blocages des différentiels et, pour s’extraire des mares de boues présentes au Centac lors de notre reportage, le système VPG (Variation de pression de gonflage) opérant sur des Michelin de 20 pouces fait des miracles.
Pégase : le nouvel élève très spécial de l’armée
Capable de circuler jusqu’à 120 km/h environ, le Pégase accélère fort et ne semble jamais perturbé par les bosses ni par la poussière rencontrées lors de notre déplacement à Mailly-le-camp. L’engin flirte pourtant avec les 4,5 tonnes à vide, et peut mouvoir 1 300 kg de charge utile, obligeant le pilote à disposer d’un permis poids-lourd.
S’il est tout neuf, le dernier arrivé parmi les hussards parachutistes n’a pas craqué pour un tableau de bord digital. Personne ici n’insinue que ces dalles numériques manquent de fiabilité… mais l’armée préfère ne pas s’y risquer !
Pégase : le nouvel élève très spécial de l’armée
Le tableau de bord, voulu robuste, sans écran tactile.
Pour des véhicules susceptibles de servir le drapeau durant plusieurs décennies et de rencontrer des conditions météorologiques difficiles, très humides, chaudes ou froides, les concepteurs privilégient la rusticité, la robustesse : le tableau de bord évoque davantage la Peugeot 305 que l’actuel 3008. Rien n’est tactile, ce qui explique la présence de nombreux boutons, basculeurs et voyants à l’ancienne, mais tout paraît simple. Et solide.
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Même constat au sujet des poignées de portes, que même un SUV des années 1980 aurait du mal à assumer. Elles ne sont pas là pour faire joli, elles sont prévues pour résister à tout. C’est ce qui compte, surtout pour un modèle transportable sous élingues, par hélicoptère, ou dans la soute d’un avion. Une soute depuis laquelle le Pégase peut même être “jeté” : en adéquation parfaite avec les soldats qu’il épaule, il est aérolargable.