Héros du jour — Maurice Bellonte (1896-1984)

L’homme qui traversa l’Atlantique à contre-vent

En 1930, traverser l’Atlantique en avion reste une aventure où l’on peut simplement disparaître.

Trois ans plus tôt, Lindbergh a relié New York à Paris. Mais il a volé d’ouest en est, porté par les vents dominants. Faire le trajet inverse, Paris-New York, est une autre affaire. Nungesser et Coli l’ont tenté en 1927. Ils ne sont jamais revenus.

Maurice Bellonte décide pourtant d’y aller.

Né en 1896 à Méru, dans l’Oise, il n’est pas destiné à devenir une célébrité. Il commence comme apprenti mécanicien. Il apprend les moteurs, devient ingénieur mécanicien, sert dans l’aviation puis se spécialise dans la navigation aérienne.

Son talent n’est pas de faire le spectacle. Son talent, c’est de savoir où aller quand il n’y a ni GPS, ni satellite, ni ordinateur.

Le 1er septembre 1930, il embarque avec le pilote Dieudonné Costes à bord d’un Breguet XIX rouge au nom magnifique : le Point d’Interrogation.

Destination : New York.

Devant eux, des milliers de kilomètres d’océan.

Ils emportent plus de 5 000 litres de carburant. Pendant la traversée, le vent de face ralentit l’appareil. Des nuages orageux les contraignent à modifier leur route et à descendre très bas. Bellonte doit continuellement calculer leur position et leur cap avec les moyens de l’époque.

Pendant plus de 37 heures, les deux hommes continuent.

Pas d’escale. Pas de piste de secours au milieu de l’Atlantique. Pas de bouton « retour ».

Le 2 septembre, le Point d’Interrogation apparaît enfin au-dessus de l’Amérique et se pose près de New York.

Paris-New York sans escale vient d’être réalisé pour la première fois.

Mais ce qui rend Bellonte particulièrement intéressant aujourd’hui, ce n’est pas seulement le record.

C’est son parcours.

Il avait commencé apprenti mécanicien. Il est devenu ingénieur, navigateur, pilote et pionnier de l’aviation. Il a appris, travaillé, maîtrisé une technique puis l’a poussée jusqu’à l’extrême.

Son histoire rappelle quelque chose d’essentiel : on n’a pas besoin de savoir dès 15 ans jusqu’où l’on ira. Il faut commencer, apprendre son métier et oser aller un peu plus loin que les autres.

En 1930, devant Maurice Bellonte, il y avait un océan.

Aujourd’hui, les océans à traverser sont différents.

À chaque génération de trouver le sien.

« Devant l’inconnu, certains voient un mur. D’autres commencent à calculer la route. »