Gaston Tissandier (1843 – 1899)

L’homme qui est monté là où l’on ne pouvait presque plus respirer

8 600 mètres. Sans cabine pressurisée. En ballon. En 1875.

À cette altitude, l’air est si pauvre en oxygène qu’un homme perd rapidement ses capacités, puis connaissance. Gaston Tissandier le savait imparfaitement. Mais il voulait comprendre ce qui se passait là-haut.

Né à Paris en 1843, Tissandier est chimiste et physicien. Mais rester dans un laboratoire ne lui suffit pas : il veut aller chercher la science sur le terrain — et parfois très haut au-dessus du terrain.

Il devient aéronaute et réalise plus de quarante ascensions. Il observe l’atmosphère, expérimente, mesure et raconte ses découvertes. En 1873, il fonde même La Nature, une grande revue destinée à rendre la science accessible au public.

Puis vient le 15 avril 1875.

Avec Joseph Crocé-Spinelli et Théodore Sivel, Tissandier embarque à bord du ballon Zénith. Leur objectif est extraordinaire pour l’époque : monter à très haute altitude afin d’étudier l’atmosphère.

Le ballon dépasse les 8 000 mètres.

À 8 600 mètres, l’expérience bascule.

L’oxygène manque. Les trois hommes perdent connaissance. Le Zénith, livré à lui-même, commence finalement à redescendre.

Tissandier reprend connaissance.

Lorsqu’il revient au sol, il est vivant. Ses deux compagnons sont morts. Lui-même a payé l’expérience d’une perte presque complète de l’ouïe.

Il aurait pu décider que cela suffisait.

Il continue.

Quelques années plus tard, avec son frère Albert, il s’attaque à un autre rêve : ne plus seulement monter en ballon, mais diriger réellement un aéronef. En 1883, les frères Tissandier expérimentent avec succès un dirigeable équipé d’un moteur électrique et d’une hélice.

Gaston Tissandier appartient à cette génération d’hommes qui ont ouvert le ciel avant que l’avion existe.

Il rappelle surtout quelque chose d’essentiel : la science n’a pas toujours été une affaire d’écrans et de laboratoires. Des hommes ont parfois risqué leur vie pour repousser de quelques kilomètres la frontière de ce que l’humanité connaissait.

Aujourd’hui, à 8 600 mètres, nous regardons tranquillement un film dans un avion de ligne pressurisé.

En 1875, Gaston Tissandier y montait dans une nacelle suspendue sous un ballon.

Le courage, c’est parfois vouloir savoir ce qu’il y a un peu plus haut.