Paul Flatters (1832 – 1881)

Celui qui partit vers l’inconnu

Imaginez un monde sans GPS, sans satellite, sans téléphone et sans secours aérien.

Devant vous : le Sahara.

Des centaines de kilomètres de pierres et de sable. Quelques puits dont on ignore parfois l’état. Une erreur de direction, une réserve d’eau insuffisante ou une rencontre hostile peuvent suffire à transformer une expédition en catastrophe.

C’est dans ce monde que s’aventure Paul Flatters.

Né en 1832, militaire de carrière et officier de l’armée française, il sert notamment en Algérie. À la fin du XIXe siècle, la France envisage un projet gigantesque : relier l’Algérie à l’Afrique subsaharienne par une voie ferrée traversant le Sahara.

Mais avant de construire une ligne sur une carte, il faut connaître le terrain.

En 1880, Flatters prend donc la tête d’une première mission d’exploration.

Il faut reconnaître les routes, trouver les points d’eau, effectuer des relevés et comprendre un territoire immense encore très mal connu des Européens.

La première expédition rencontre de telles difficultés qu’elle doit finalement rebrousser chemin.

Flatters pourrait s’arrêter là.

Il décide de repartir.

La seconde mission quitte Ouargla à la fin de l’année 1880. Hommes, matériel et centaines de chameaux s’enfoncent progressivement dans le Sahara.

Le danger est connu. Les tensions avec les populations touarègues sont fortes et Flatters a été averti de l’hostilité que provoque le passage de sa mission.

Il continue pourtant.

Le 16 février 1881, près de Bir el-Garama, le piège se referme.

Flatters s’éloigne du camp avec une escorte réduite afin de rechercher un point d’eau pour ses animaux.

Des guerriers attaquent.

Flatters et plusieurs membres de la mission sont tués. Pour les survivants commence alors une retraite effroyable à travers le désert.

La mission Flatters devient l’un des grands drames de l’exploration française du Sahara.

On peut aujourd’hui discuter les ambitions coloniales et économiques auxquelles participaient ces expéditions. Mais une réalité humaine demeure : les hommes qui partaient ainsi ne regardaient pas l’inconnu depuis un écran.

Ils entraient physiquement dedans.

Ils acceptaient la soif, l’épuisement, l’isolement et parfois la mort pour reconnaître des territoires dont les cartes comportaient encore d’immenses zones d’incertitude.

Paul Flatters avait 48 ans lorsqu’il mourut dans le Sahara.

Son histoire rappelle quelque chose que notre monde ultra-connecté nous fait facilement oublier :

il n’y a pas si longtemps, explorer signifiait réellement risquer sa vie.

« Il existe encore des frontières lorsque quelqu’un accepte d’être le premier à les franchir. »